Regards croisés sur « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble.

Regards croisés sur « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble.
(c) Christophe Raynaud De Lage

Regards croisés sur « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble.

On s’attendait à du grand spectacle, engagé et innovant, en écoutant Julie Bertin et Jade Herbulot, du Birgit Ensemble, parler de leur projet. Nous avions manqué les deux premiers épisodes de la tétralogie mais gagions que Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes seraient à la hauteur de nos attentes… Il n’en fut pas tout à fait ainsi…

Regards croisés

L’avis de Lucile, déçue et agacée

L’éclatement de l’ex-Yougoslavie dans les années 90 est un conflit très récent, et pourtant assez mal maîtrisé par beaucoup d’entre nous. J’avais pour ma part une dizaine d’années à l’époque. La guerre civile qui opposa les différents peuples de la République fédérale fit 100 000 victimes et 2 millions de déplacés et réfugiés. Le conflit fit rage plusieurs années, sans que l’ONU ne parvienne à mener à bien les accords de paix. Le sujet est politique, brûlant, éprouvant, surtout au vu du contexte international actuel.

Alors on attendait beaucoup.
Mais non. Les 2h25 de spectacle m’ont paru interminables !

Il ne fait aucun doute que les deux metteuses en scène se sont parfaitement documentées sur le sujet, le spectacle est très didactique : nous avons l’impression d’assister à une leçon d’Histoire sur le conflit en ex-Yougoslavie. Mais cela ne va pas au-delà. Comment envisager qu’un spectacle qui parle d’un tel conflit, de massacres de civils, d’épurations ethniques, ne puisse nous émouvoir un seul instant ? La scène figurant un massacre à Sarajevo, avec les comédiens qui tombent encore et encore, est totalement dénuée d’émotion. Les spectateurs sont nombreux à regarder leur montre.

Artistiquement, il ne se passe pas grand-chose non plus. La scénographie est assez pauvre ; quelques images vidéos pas exploitées, espace mal maitrisé, décors de carton pâte. Rien de bien exaltant ou de particulièrement esthétique.
On a le sentiment aussi que le Birgit Ensemble explore beaucoup (trop) de pistes sans les mener à terme. L’idée de faire participer le spectateur, qui doit brandir des fiches de salle de couleurs différentes pour symboliser les différents peuples de l’ex-Yougoslavie n’était pas inintéressante, mais elle s’achève brusquement, sans avoir de répercussions par la suite. C’est dommage.

La pièce fait des allers-retours entre la vie quotidienne des civils et la table des négociations. Mais il y a aussi les intermèdes, les fameux intermèdes d’Europe, la déesse, qui grimée en personnage mystique part dans des envolées lyriques risibles, à la limite du supportable (le personnage est de nouveau présent dans Dans les Ruines d’Athènes, au secours!). On a parfois envie de rire tellement c’est raté. Mais pourquoi ? A trop vouloir en faire…

A ceux qui pourraient objecter qu’il s’agit de théâtre documentaire : certes, mais est-ce que cette petite leçon vaut mieux que la lecture d’une page de manuel ? Pas sûr ! Quitte à mettre de la vidéo (quelques images de temps en temps) pourquoi ne pas exploiter des images d’archives ? Des témoignages ? Et alors pourquoi ces passage où Europe éructe ? Le théâtre documentaire doit-il forcément être froid ?

On regrette plus que tout que les souffrances des peuples soient réduites à peau de chagrin… On évoque les pénuries en passant finalement presque sous silence les purifications ethniques, les viols et les massacres barbares. Du théâtre pas si engagé, au final !

Le Birgit Ensemble est à suivre, sans conteste, mais devra travailler davantage la forme et l’émotion pour toucher les spectateurs.

L’avis de Maxime, mitigé

J’ai pour ma part été emporté par Memories of Sarajevo. A travers une approche documentaire, le Birgit Ensemble met en scène les négociations politiques entre les différents chefs d’état, et la vie d’une poignée d’habitants de Sarajevo qui tentent de survivre alors que leur ville est assiégée.

Bien que l’ensemble soit didactique et peut parfois être assimilé à un cours d’histoire, la pièce donne à voir les luttes de pouvoir entre les chefs d’État croate, serbe et bosniaque, ainsi que les tentatives diplomatiques de l’Union Européenne et de l’ONU pour mettre fin au conflit. Le processus politique qui a mené à ce conflit de plus de trois ans est très bien détaillé. J’ai eu l’impression en tant que spectateur d’être le témoin de négociations à huis clos qui n’ont jamais été rendues publiques. Toutes ces réunions politiques reconstituées mettent en lumière la lenteur des processus politiques et l’aveuglement de leurs responsables face aux massacres que subissait dans le même temps le peuple yougoslave.

La pièce nous montre en parallèle la vie des habitants de Sarajevo durant le conflit, la pénurie de nourriture et la peur d’être à tout moment abattu par un sniper ou par un tir d’obus. Il y a une alternance de scènes de vie, comme lorsque les habitants font la fête dans une cave pendant la nuit, et de témoignages face public où les personnages nous racontent leurs souffrances et leurs peurs.

Même si j’ai été très intéressé par la richesse documentaire du spectacle, je pense qu’il aurait mérité une mise en scène et une scénographie beaucoup plus abouties. En effet, la scénographie est très sommaire, ce qui surprend pour une production de cette ampleur. La mise en scène des moments de vie et des témoignages manque également de profondeur pour susciter l’émotion. Un sujet si riche aurait mérité plus d’inventivité au niveau de la forme afin de dépasser le documentaire et en faire une vraie réussite théâtrale.

A voir au Festival d’Avignon jusqu’au 15 juillet 2017

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsRegards croisés sur « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble.

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