« Leïla se meurt », lamentations d’une pleureuse

« Leïla se meurt », lamentations d’une pleureuse
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

« Leïla se meurt », lamentations d’une pleureuse

Le focus Moyen-Orient du Festival d’Avignon accueillait cette année deux pièces d’Ali Chahrour : Fatmeh et Leïla se meurt. N’ayant pu voir la première, très applaudie, nous attendions la seconde avec impatience.

Le chorégraphe libanais a choisi un sujet plus personnel, mettant en scène l’une de ses parentes, Leïla, pleureuse. Ce métier méconnu en Occident consiste à écrire des poèmes pour honorer les morts et à faire pleurer les vivants. Le spectacle s’apparente davantage à la reconstitution du rite qu’à une fiction. La majorité des textes ont d’ailleurs été écrits par Leïla pour ses lamentations. Deux musiciens et Ali Chahrour l’accompagnent.

Lorsque les trois hommes entrent en scène et que leur voix s’élève, on est immédiatement séduits et emportés par les chants religieux qui résonnent particulièrement dans le Cloître des Célestins. Leïla fait son apparition et occupe silencieusement l’espace, écoutant le chant des trois hommes. Enfin, sa voix se fait entendre et commence alors la cérémonie. On pense que l’intensité ne cessera d’augmenter et qu’on sera emportés par ce flot de tristesse, surtout lorsque Ali Chahrour se mettra en mouvement. Mais il tarde à le faire, et son immobilité provoque chez le spectateur une attente qui ne sera pas comblée.

LEÏLA SE MEURT - Chorégraphie et mise en scène : Ali Chahrour CHAHROUR Musique : Ali HOUT, Abed KOBEISSI Dramaturgie : Junaid SARRIEDDINE Scénographie : Nathalie HARB Lumière : Guillaume Tesson TESSON Costumes : Bird on a Wire Assistanat à la mise en scène : Christel SALEM Avec : Ali CHAHROUR - Leïla CHAHROUR - et les musiciens : Ali HOUT, Abed KOBEISSI - Dans le cadre du 70eme festival d Avignon - Lieu : Cloitre des Celestins - Ville : Avignon - Le : 20 07 16 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Le chorégraphe a expliqué en interview qu’il a dû abandonner sa technique de danseur pour apprendre les mouvements de Leïla, afin de préserver l’authenticité de cette gestuelle rituelle. Cependant, était-ce judicieux ? En effet, en n’apportant pas son propre langage chorégraphique, Ali Chahrour n’enrichit pas la partition de Leïla et ne permet pas au dialogue de s’établir. Certes, son but n’était pas celui-ci mais on peut alors se demander l’intérêt de sa présence sur scène. Il reproduit les mouvements de Leïla avec un mimétisme qui n’apporte finalement pas grand-chose. Ses gestes, répétitifs et saccadés, évoquent l’entrée en transe mais celle-ci n’a jamais lieu.

Parallèlement, les deux musiciens placés de chaque côté de la scène portent le rythme du spectacle : à la fois chanteurs, danseurs et musiciens, ils ont semblé plus présents que le metteur en scène lui-même, qui était pourtant au centre du plateau.  Mais l’émotion tarde à venir. On reste par exemple impassibles devant la mise en scène de la mort du fils, à laquelle on ne croit pas. C’est dommage car chaque élément du spectacle pourrait séduire – les chants, les belles images, la voix et l’histoire de Leïla – mais l’ensemble ne parvient pas à nous emporter totalement.

En voulant retracer fidèlement une cérémonie, en voulant montrer toute la tristesse portée par la pleureuse, Ali Chahrour comptait sur la réalité brute pour toucher le spectateur, ce qui ne nous a pas tout à fait convaincus.

 

Maxime Pauwels et Lucile Joyeux« Leïla se meurt », lamentations d’une pleureuse

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