Confessions d’un adolescent en perdition

Confessions d’un adolescent en perdition
Photo Christophe Raynaud de Lage

Confessions d’un adolescent en perdition

Un jeune homme installe son décor, consciencieusement, mettant en scène sa déclaration d’adieu au monde dont il s’est senti rejeté toute sa vie. Il prend son temps, décide du rythme : c’est son acte de liberté. Il ne compte rien laisser au hasard et surtout pas être influencé par une présence extérieure.

On sent dès de le départ un mélange de détermination et de fragilité chez cet adolescent qui s’apprête à commettre un massacre dans son lycée d’Emstetten en Westphalie. Après avoir installé sa vidéo, il nous raconte ce qui l’a poussé à en venir à cette extrémité. On le sent calme, réfléchi, loin d’un état de transe incontrôlé. On découvre les humiliations subies pendant l’enfance, sa défiance envers l’institution et plus généralement envers l’ensemble des gens qui aimeraient décider à sa place, lui dire ce qu’il est bon de faire ou pas. Il anticipe régulièrement les objections des spectateurs en leur signifiant qu’il n’est pas un déséquilibré hors du monde et du temps. Nos objections, il les connaît et il tente d’y répondre pendant son soliloque. On s’attendait à découvrir un monstre au sang froid, mais on découvre un adolescent perdu semblable à beaucoup d’autres, qui par un acte désespéré de toute puissance décide de basculer dans l’horreur.

« Vous serez de toute façon obligés, tôt ou tard, de me regarder. »

L’interprétation de David Fukamachi Regnfors est sur le fil, il trouve l’équilibre entre fragilité, détermination et névrose psychotique sous-jacente. Ses regards, sa posture, donnent vie à l’adolescent perdu face à ce monde normatif qui, on le sait, peut être violent envers ceux qui ne rentrent pas dans le cadre.

La mise en scène de Sofia Jupither est subtile, l’alternance de l’utilisation de la vidéo et des passages face public est équilibrée. En tant que spectateur, nous passons de destinataire direct de ce monologue à une position de voyeur comme l’internaute qui visionnera cette vidéo depuis son salon. J’ai beaucoup aimé ces arrêts sur image comme des instants volés témoignant du mélange de beauté et d’effroi que nous inspire ce personnage.

En partant du journal intime de l’adolescent, de ses messages sur les réseaux sociaux et de sa vidéo testament, Lars Norén réussit à nous proposer un texte juste qui résonne comme un appel au secours dans cette société toujours plus inégalitaire, continuant à avancer sans se soucier de ceux restés sur le côté du chemin.

Maxime PauwelsConfessions d’un adolescent en perdition

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