« Het Land Nod » du FC Bergman : traversée onirique au Pays de Nod

« Het Land Nod » du FC Bergman : traversée onirique au Pays de Nod
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

« Het Land Nod » du FC Bergman : traversée onirique au Pays de Nod

En reconstituant la salle Rubens du Musée des Beaux-Arts d’Anvers, le FC Bergman nous immerge dans une scénographie monumentale pour nous faire vivre de l’intérieur l’histoire de ce lieu. On y suit le parcours de personnages oscillant entre absurde, poésie et violence, contrastant avec l’immobilité et la majesté du Christ de Rubens.

En s’installant dans la salle du musée en travaux, on est frappés par la démesure du décor, par la force qui s’en dégage. A jardin, une unique et immense toile, Le Coup de Lance de Rubens, entourée de murs défraîchis orphelins de leurs tableaux disparus.

Ce décor va prendre vie grâce à l’équipe du musée cherchant désespérément à déplacer cette toile manifestement trop grande pour passer par la porte. Ces saynètes sans paroles font rire la salle et créent un lien entre les spectateurs et les comédiens. On ne cessera durant tout le spectacle d’osciller entre rire et contemplation, comme lors de cette scène où une intense lumière blanche se dégage de la porte et inonde littéralement le tableau de Rubens prêt à disparaître sous nos yeux.

Puis, les visiteurs du musée, tous plus étranges les uns que les autres, investissent cette salle comme un espace de liberté où tout est permis, ou presque, comme en témoignent les rappels à l’ordre incessants du vigile. On pense particulièrement à cette scène inspirée du film Bande à part de Jean-Luc Godard, dans laquelle trois personnages courent main dans la main et sautent sur le banc entourant la salle, avec énergie et grâce.

Mais l’euphorie laisse place à la violence lorsque sont représentés les bombardements liés à l’histoire du musée, dévasté pendant la seconde guerre mondiale. Il s’agit d’une violence esthétique provoquant des tableaux saisissants, comme lorsque la salle est jonchée de débris, que la pluie tombe à l’intérieur, et que des corps sous le choc tentent de revenir à la vie au rythme de cette musique jazz envoûtante.

Une esthétique proche de celle de Pina Bausch

L’esthétique de ce spectacle n’est pas sans rappeler celle de Pina Bausch, qui nous est apparue au détour de plusieurs scènes : un maître de cérémonie en nœud papillon vient sans raison apparente déposer à intervalles réguliers miettes de gâteau, cendres, pétales de rose au milieu de la salle, jusqu’à sa mort. Il apparaît comme le témoin muet des épreuves traversées par le musée, voire comme l’incarnation du musée lui-même.

La bande son, mélange de morceaux d’opéra ou de jazz, évoque aussi les spectacles de Pina Bausch, tout comme ces passages dansés au cours desquels la répétition provoque fascination. Le déséquilibre (une femme chute, un homme la retient) nous a également fait penser à Celui qui tombe de Yoann Bourgeois. Entre laisser aller et maîtrise.

Enfin, les procédés de transformation du plateau qui s’appuient sur de petits accessoires pour faire appel à l’imagination des spectateurs rappellent ceux de Für die Kinder.

On sort de ce spectacle en ayant le sentiment d’avoir assisté à un grand moment de théâtre grâce à des personnages habités et un peu fous, qui nous font virevolter d’une émotion à l’autre avec passion et sincérité.

Maxime Pauwels et Lucile Joyeux« Het Land Nod » du FC Bergman : traversée onirique au Pays de Nod

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