Le renversement de « La Dictadura de Lo Cool » n’aura pas lieu

Le renversement de « La Dictadura de Lo Cool » n’aura pas lieu
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Le renversement de « La Dictadura de Lo Cool » n’aura pas lieu

Marco Layera et sa compagnie la Re-Sentida nous interpellent sur l’entre-soi et la complaisance régnant dans le milieu culturel. Même si on ne doute pas de leur sincérité et du travail fourni, le spectacle tourne rapidement en rond, à coups d’invectives et d’excès en tout genre, sans autre parti pris que la dénonciation frontale quelque peu simpliste.

Nous attendions beaucoup de cette compagnie chilienne et de leur théâtre politique prenant à bras le corps des sujets dont on aime débattre : le phénomène bobo et la reproduction des élites. L’entrée en matière donnait tout de suite le ton avec les questions que la maîtresse de cérémonie adressa au public afin de provoquer la gêne, et par extension le rire : « Combien parmi vous sont d’origine maghrébine ? Qui a voté pour François Hollande ? ». La fête organisée par le nouveau Ministre de la Culture, pourtant absent, dévoile des invités issus de milieux favorisés, représentant des stéréotypes que l’on pourrait croiser dans les milieux mondains parisiens. Leur autosatisfaction caractérisée mêlée à leur taux d’alcoolémie nous donnent à voir un spectacle à la fois comique et pathétique.

Un écran placé côté jardin nous permet de suivre les personnages à l’arrière scène, « parce qu’on fait du théâtre contemporain » comme le dit plus tard le personnage du Ministre. On sent au fil de la pièce une envie de se moquer des tendances actuelles au théâtre. Pourtant La Dictadura de Lo Cool ne parvient pas à dépasser cette critique et reste au niveau parodique.

Le Ministre de la Culture finit par faire son apparition et annonce la couleur : il ne supporte plus cet entre-soi et veut opérer un changement en profondeur, offrir des postes à des artisans, des responsables syndicaux, non plus à ses amis. Il veut redonner la culture au peuple et provoquer une véritable révolution. Pourtant loin d’être altruiste, il apparait comme fou, encore décadent mais d’une autre manière : sa crise est extrême et violente.

Tout au long du spectacle, la couleur rouge, la bande son saturée et l’hystérie des personnages symbolisent cette prise de conscience brutale. Le spectacle va devenir de plus en plus pénible pour le public, avec des scènes répétitives, violentes, qui n’apportent rien de plus au propos. On attend une évolution, de nouvelles idées, mais le spectacle se cantonne à une critique frontale du système avec pour seule revendication redonner la culture au peuple. Une idée honorable mais présentée de manière simpliste et démagogique.

Malgré une scénographie astucieuse et des comédiens convaincants, empreints d’une belle énergie du début à la fin de la pièce, on ressort de la Dictadura de Lo Cool avec un goût d’inachevé et le sentiment que Marco Layera n’a pas su mettre en scène sa réflexion sur la société.

Maxime Pauwels et Lucile JoyeuxLe renversement de « La Dictadura de Lo Cool » n’aura pas lieu

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