« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator

« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator
Crédit : Pierre Grosbois

« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator

Tout le monde a déjà entendu parler du Mediator, un coupe-faim prescrit en masse qui a tué plus de 500 personnes en France. Pauline Bureau a décidé de faire de ce scandale sanitaire une pièce de théâtre en nous racontant deux combats : celui que mène Irène Frachon pour faire éclater la vérité au grand jour, et celui de Claire Tabard, une malade qui symbolise toutes les autres, et qui s’acharne à vivre et à faire reconnaître son statut de victime.

La première partie nous raconte la déchéance physique de Claire, jeune femme pleine de vie qui se retrouve du jour au lendemain atteinte d’une maladie cardio-vasculaire. En entrant précisément dans son quotidien de mère et de femme, on est préparés à s’indigner de ce qu’elle devra subir devant la commission d’experts qu’on découvrira dans la deuxième partie de la pièce. Ainsi on comprend mieux pourquoi on nous inflige l’opération à cœur ouvert, ou encore les longs moments où l’on suffoque avec Claire lors de ses tests d’efforts : c’était nécessaire pour comprendre, bien comprendre ce qu’ont pu endurer les victimes et ce qu’elles continuent à endurer pour faire reconnaître leur statut. L’actrice Marie Nicolle incarne avec subtilité un personnage qui va passer de l’incompréhension et du désarroi à la colère, lorsqu’elle apprendra la véritable raison de son état. Une colère qui va lui donner la force d’affronter la machine judiciaire et d’être reconnue comme victime.

Dans ce combat Claire n’est pas seule, elle va croiser sur son chemin Hugo, un avocat incarné par Nicolas Chupin, qui va la guider et la soutenir dans les affres de la justice. Une relation de confiance se noue entre Claire et Hugo ponctuée de moments de découragement mais aussi d’humour, qui permettent au public de respirer. Claire a également une autre alliée, Irène Frachon, qui va la soutenir moralement et lui faire comprendre que le Mediator est bien la cause de ses maux.

Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, est la femme par qui le scandale a été révélé. Elle se bat aujourd’hui encore pour faire reconnaître le droit des victimes. Catherine Vinatier nous montre à la fois toute la fragilité et la force de cette femme. La scénographie accentue la solitude de son combat, plaçant Irène face à un groupe d’experts désincarnés et dont les voix jaillissent dont ne sait où.  Le choix des couleurs et la vidéo, utilisée habilement, font ressortir toute la cruauté du système, la fragilité mais aussi la force des personnages.

Mon cœur est une pièce qui nous émeut et qui nous touche de plein fouet – quelques personnes n’ont d’ailleurs pu supporter le propos et ont quitté la salle – mais qui nous séduits aussi par sa forme. Il s’agit donc d’une pièce qui laisse des traces, une sorte de témoignage esthétique d’une lutte qui se poursuit encore aujourd’hui.

A voir jusqu’au 1er avril au théâtre des Bouffes du Nord

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator

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