Mercredi 3 mai : soirée spéciale au théâtre de l’Athénée avec « Ismène » suivi du débat présidentiel

Mercredi 3 mai : soirée spéciale au théâtre de l’Athénée avec « Ismène » suivi du débat présidentiel
Crédit : Michel Boermans

Mercredi 3 mai : soirée spéciale au théâtre de l’Athénée avec « Ismène » suivi du débat présidentiel

Le mercredi 3 mai, nous ne choisirons pas entre théâtre et actualité politique, nous ferons les deux en passant la soirée au théâtre de l’Athénée.

Nous commencerons la soirée à 19h30 avec la pièce Ismène, le premier opus de la trilogie des éléments écrit par Yannis Ritsos et conçu et mis en scène par Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli. Ce premier spectacle traite de la figure méconnue de la sœur d’Antigone qui refuse la tragédie pour les simples plaisirs de la vie.

La soirée se poursuivra avec le débat présidentiel qui sera diffusé au foyer-bar du théâtre.

La pièce se jouera du 3 au 6 mai au théâtre de l’Athénée. 

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsMercredi 3 mai : soirée spéciale au théâtre de l’Athénée avec « Ismène » suivi du débat présidentiel
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Festival Ecarts : les étudiants à l’honneur au théâtre de la Cité Internationale
Crédit : Denis ASSALIT

Festival Ecarts : les étudiants à l’honneur au théâtre de la Cité Internationale

Le Festival Écarts (voir notre présentation) s’est tenu du 30 mars au 1er avril 2017 au Théâtre de la Cité Internationale. Les Espaces Libres se sont vu confier la délicate mission de participer au jury blogueur, mission partagée avec Théâtre Côté Cœur.

Difficile de départager les cinq compagnies qui se sont succédé durant ces trois jours de festival. Les spectacles, scrupuleusement choisis par les organisateurs, Lucas Bouissou et Bertrand Brie, avaient tous leur singularité : entre jeu de clowns et texte ardu, écritures de plateau et expérience sensorielle, les compagnies nous ont présenté différentes formes théâtrales.

Retour sur notre expérience de jury …

Des idées et de l’audace

  • Dans Leurs Vies, la compagnie Homère & Pogona a composé un spectacle entre textes classiques et dialogues de clowns. Nous avons été touchés par leur générosité, même si le spectacle n’était pas tout à fait abouti tant au niveau de l’écriture et du jeu pour nous convaincre complètement, mais la proposition est originale !
  • « Les beaux jours d’Aranjuez » de Peter Handke, mis en scène par Gabriel Pierson, nous a divisés :

Maxime : « J’ai trouvé ce spectacle poétique grâce aux interprètes qui ont réussi à faire résonner ce texte avec justesse et conviction dans une mise en scène épurée »

Lucile : « Je suis restée en dehors, en raison du texte qui ne me parle pas, et malgré une interprétation simple et juste ».

Si le spectacle n’a pas eu la même résonance en nous, nous saluons tous deux le jeu des comédiens, en particulier celui de Garance Robert de Massy, jeune actrice  à suivre.

  • La compagnie la Faim du Soir Tard nous a présenté Mues, un spectacle déjanté, dans lequel l’écriture de plateau, quoique parfois un peu faible, parvenait à montrer un univers artistique prometteur.  Lucile a particulièrement apprécié le spectacle pour ce côté fou-fou, tandis que Maxime est resté sur la réserve. Nous suivrons les prochaines créations de cette compagnie.
  • Dans un tout autre style, la Compagnie le Quintuplex donnait à voir la vie en entreprise et ses travers avec Hyperglycémie. Nous avons trouvé cette fable sociale assez réaliste, elle parvient à dénoncer, parfois sur un ton humoristique, le mal être en entreprise, l’infantilisation et la manipulation du personnel pour toujours être plus rentable.

Si aucune compagnie n’a démérité, nous avons été particulièrement touchés par le spectacle qui a clos le Festival avec une forme hétéroclite :

  • Qu’est-ce là qui monte du désert ?, proposition de la Compagnie Le Mot Nu Ment, a remporté le prix des jurys blogueur et étudiant, et a aussi été distinguée par le jury professionnel.

Se présentant sur le papier comme une expérience olfactive, le spectacle ne se contente pourtant pas d’explorer le sens de l’odorat, mais nous propose finalement un voyage sensoriel qui tient presque de la synesthésie. Ainsi le travail sur la lumière et les couleurs est particulièrement réussi tandis que les passages chorégraphiés et chantés viennent donner du corps au propos et aux textes de Baudelaire, Ginsberg, Le Cantique des cantiques etc.

On retient la prestation de Thibaut Madani qui est particulièrement touchant au milieu de ses partenaires féminines. Au sortir du spectacle, on ne saurait expliquer exactement pourquoi on a été emportés, mais la forme singulière, sans être tout à fait originale, nous a indubitablement conduits vers un ailleurs, et on garde un souvenir très précis des tableaux. Est-ce l’odeur du café ou les couleurs de la scène finale qui nous ont fait penser à Pour que le ciel ne tombe pas de Lia Rodrigues. On leur souhaite de poursuivre leur aventure et de se produire, beaucoup. Compagnie à suivre, donc….

Les Espaces libres sont ravis d’avoir partagé cette expérience dans la bonne humeur et la simplicité ! Merci aux équipes du Théâtre et du Festival pour leur accueil, aux organisateurs Lucas Bouissou et Bertrand Brie pour leur confiance, à Christine du Théâtre Côté Cœur d’avoir supporté nos débats endiablés, et aux membres des jurys étudiant et professionnel pour les échanges fructueux. Enfin, bien sûr, merci à toutes les compagnies de nous avoir fait partager leur passion du théâtre et de nous avoir fait vivre ces beaux moments !

On se donne rendez-vous l’année prochaine !

Crédit photo : Denis ASSALIT

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« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator
Crédit : Pierre Grosbois

« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator

Tout le monde a déjà entendu parler du Mediator, un coupe-faim prescrit en masse qui a tué plus de 500 personnes en France. Pauline Bureau a décidé de faire de ce scandale sanitaire une pièce de théâtre en nous racontant deux combats : celui que mène Irène Frachon pour faire éclater la vérité au grand jour, et celui de Claire Tabard, une malade qui symbolise toutes les autres, et qui s’acharne à vivre et à faire reconnaître son statut de victime.

La première partie nous raconte la déchéance physique de Claire, jeune femme pleine de vie qui se retrouve du jour au lendemain atteinte d’une maladie cardio-vasculaire. En entrant précisément dans son quotidien de mère et de femme, on est préparés à s’indigner de ce qu’elle devra subir devant la commission d’experts qu’on découvrira dans la deuxième partie de la pièce. Ainsi on comprend mieux pourquoi on nous inflige l’opération à cœur ouvert, ou encore les longs moments où l’on suffoque avec Claire lors de ses tests d’efforts : c’était nécessaire pour comprendre, bien comprendre ce qu’ont pu endurer les victimes et ce qu’elles continuent à endurer pour faire reconnaître leur statut. L’actrice Marie Nicolle incarne avec subtilité un personnage qui va passer de l’incompréhension et du désarroi à la colère, lorsqu’elle apprendra la véritable raison de son état. Une colère qui va lui donner la force d’affronter la machine judiciaire et d’être reconnue comme victime.

Dans ce combat Claire n’est pas seule, elle va croiser sur son chemin Hugo, un avocat incarné par Nicolas Chupin, qui va la guider et la soutenir dans les affres de la justice. Une relation de confiance se noue entre Claire et Hugo ponctuée de moments de découragement mais aussi d’humour, qui permettent au public de respirer. Claire a également une autre alliée, Irène Frachon, qui va la soutenir moralement et lui faire comprendre que le Mediator est bien la cause de ses maux.

Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, est la femme par qui le scandale a été révélé. Elle se bat aujourd’hui encore pour faire reconnaître le droit des victimes. Catherine Vinatier nous montre à la fois toute la fragilité et la force de cette femme. La scénographie accentue la solitude de son combat, plaçant Irène face à un groupe d’experts désincarnés et dont les voix jaillissent dont ne sait où.  Le choix des couleurs et la vidéo, utilisée habilement, font ressortir toute la cruauté du système, la fragilité mais aussi la force des personnages.

Mon cœur est une pièce qui nous émeut et qui nous touche de plein fouet – quelques personnes n’ont d’ailleurs pu supporter le propos et ont quitté la salle – mais qui nous séduits aussi par sa forme. Il s’agit donc d’une pièce qui laisse des traces, une sorte de témoignage esthétique d’une lutte qui se poursuit encore aujourd’hui.

A voir jusqu’au 1er avril au théâtre des Bouffes du Nord

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator
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Michalik fait mouche avec Edmond

Michalik fait mouche avec Edmond

Après le succès bien mérité du Porteur d’histoire et du Cercle des Illusionnistes, la nouvelle création d’Alexis Michalik, Edmond, était très attendue. C’est avec enthousiasme, bienveillance mais aussi avec beaucoup d’attentes que je me suis rendue au Théâtre du Palais Royal pour vivre deux heures que j’espérais aussi jouissives que les précédentes.

Lorsque j’ai su qu’Alexis Michalik montait sa nouvelle pièce en septembre, j’étais évidemment enthousiaste, mais quand j’ai appris que c’était pour mettre en scène l’histoire de la création de Cyrano de Bergerac, qui est ma pièce préférée, j’étais presque déjà conquise. Cependant on attend souvent beaucoup d’un auteur ou d’un metteur en scène qui nous a séduits, ce qui peut conduire à quelques déceptions, mais ce ne fut heureusement pas le cas !

Durant deux heures de pur théâtre – de théâtre populaire au bon sens du terme qui use des planches et des décors avec simplicité mais de manière toujours surprenante, Michalik et sa troupe parviennent à nous embarquer dans une autre époque. Mêlant comme à son habitude fiction et éléments historiques, il nous fait vivre la création de Cyrano de Bergerac à travers son auteur, Edmond Rostand.

Tout comme Rostand s’était inspiré de personnages historiques pour créer sa pièce, Michalik s’inspire des grands noms de la fin du XIXème siècle pour créer la sienne : sont ainsi convoqués Sarah Bernhardt, Feydeau, Courteline, Coquelin, et… plus surprenant, des mafieux corses, tout droit sortis, ceux-là, de notre monde contemporain ! Tout comme Rostand avait fait des emprunts à l’œuvre de Savinien de Cyrano de Bergerac (le passage sur le voyage dans la lune par exemple), Michalik fait entendre le texte de celui qui l’inspire. Bref, c’est un théâtre dans le théâtre sur le théâtre auquel on assiste, de vraies poupées russes.

Certes, Alexis Michalik a pris quelques libertés avec la biographie d’Edmond Rostand. Par exemple, il n’était pas qu’auteur de « fours » comme on nous le fait croire, et connaissait déjà un certain succès avant Cyrano, l’une de ses pièces avait même été jouée à la Comédie-Française et couronnée par l’Académie Française. Passé sous silence aussi, le fait que sa femme était poétesse et comédienne, et pas seulement la mère de ses enfants, même s’il est vrai qu’elle publiera surtout après 1900. Mais qu’importe ! Edmond n’est pas un cours de littérature française, bien qu’on en apprenne beaucoup sur la façon de déclamer les alexandrins au théâtre à cette époque !

Les douze comédiens de la Michalik’s team (une gageure d’avoir autant de comédiens sur scène dans le théâtre privé) sont comme d’habitude très justes, changeant de rôle avec aisance. Pierre Forest, qui incarne Coquelin, devient véritablement Cyrano lorsqu’il joue la pièce. Guillaume Sentou nous donne à voir un auteur timide, passionné et de génie. Les rôles secondaires sont attachants.

Le texte nous faire revivre Cyrano sans le plagier, redonnant naissance aux moments les plus emblématiques de la pièce.  Ainsi l’histoire d’Edmond et de ses mésaventures nous fait rire, mais on pleure aussi devant Cyrano mourant.

Bref… une pièce réussie, et un auteur – metteur en scène en lice pour un autre Molière ?

Jusqu’au 31 mars 2017 au théâtre du Palais Royal.

 

Lucile JoyeuxMichalik fait mouche avec Edmond
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Une « Traviata » réinventée au théâtre des Bouffes du Nord
Photo : pascalvictor_artcomart

Une « Traviata » réinventée au théâtre des Bouffes du Nord

Judith Chemla revient au théâtre des Bouffes du Nord pour incarner Violetta dans une mise en scène de Benjamin Lazar, qui s’inspire à la fois de La Traviata de Giuseppe Verdi mais aussi du roman et de la pièce de théâtre d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux Camélias. Un spectacle qui mêle chant lyrique et théâtre, et qui abolit la frontière entre musiciens et comédiens.

C’est dans une atmosphère brumeuse que le public prend place devant un plateau recouvert d’un voile blanc qui donne immédiatement le ton : la scénographie met en valeur le lieu tout en créant un espace différent. La scène révèle une esthétique à la fois onirique, raffinée, et ancrée dans le réel. Les éléments de décor ont différentes fonctions au fil du spectacle, à l’instar de ce voile qui sert d’aire de jeu aux comédiens, ou à délimiter l’espace puis à symboliser le jour qui se lève.

C’est au cours d’une fête très branchée que la courtisane Violetta fait son apparition au milieu de ses amis, dans une robe de soirée verte tranchant avec le rouge du fond de scène, et assez vaporeuse pour laisser entrevoir ses courbes. Malgré les rires et la joie de vivre apparente, sa pâleur et ses cernes laissent déjà présager l’issue finale. Judith Chemla, qui a également participé à la conception du spectacle, incarne ce personnage tout en subtilité ; sa joie teintée de mélancolie laisse progressivement place à un désespoir qu’elle porte littéralement dans son corps et sur son visage. Elle EST Violetta. En face, Damien Bigourdan joue un Alfredo profond et sensible. Le duo fonctionne sur scène, la voix puissante de l’amoureux s’harmonise avec celle, pure et fragile, de Violetta. Le public croit en ce couple et en leur passion dévorante, on est touchés par leur histoire.

Quant aux musiciens, ils sont aussi les comédiens de ce drame, et évoluent sur le plateau sans distinction avec les autres interprètes. Ils ont tous un rôle dans la pièce et vivent à l’unisson les tourments de Violetta et d’Alfredo. Ils jouent leur musique sans partition ni chef d’orchestre, tout en se déplaçant sur scène, une véritable performance ! La violoniste Marie Salvat est particulièrement remarquable et on la sent vivre dans sa chaire les malheurs des deux amants, qu’elle retranscrit aussi grâce à son instrument.

Florent Hubert et Paul Escobar, à la direction musicale, ont su trouver l’équilibre entre le livret original, la réécriture et les ajouts, créant ainsi un nouvel opéra ne dénaturant pourtant pas l’original. La partition, écrite pour un orchestre, est ici interprétée par seulement huit instruments, dont un accordéon, choix audacieux. Les « tubes » de La Traviata, tels que « Brindisi » ou le chœur des bohémiennes sont ainsi déformés, malmenés par les arrangements, pour leur donner une couleur plus sombre ou plus triviale.

Le caractère hybride du spectacle, qui avec un naturel remarquable mêle chant lyrique et passages parlés, histoire de Violetta et interludes humoristiques, tient en haleine le spectateur. Ce dernier passe d’une émotion à une autre. On pleure avec Violetta lorsqu’elle doit renoncer à son amour pour Alfredo sous la pression du père, et on rit lors des interludes humoristiques au cours desquels le médecin relate par exemple quelques anecdotes relatives à sa profession.

La tragédie vécue par les deux amants n’a jamais paru aussi intense et vraie que dans cette adaptation intelligente. Benjamin Lazar, Florent Hubert et Paul Escobar nous font redécouvrir l’opéra de Verdi en allant au-delà de la partition et du livret, et réussissent à le rendre profondément actuel : on ne pouvait rêver plus bel hommage.

Jusqu’au 15 octobre au théâtre des Bouffes du Nord

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« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque
Photo : Paola Evelina

« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque

Un Poyo Rojo est un spectacle qui donne le sourire ! Entre virtuosité et burlesque, les deux danseurs mis en scène par Hermes Gaido vont se lancer des défis physiques jusqu’à devenir plus que de simples rivaux, tout cela avec l’aide d’un poste de radio qui réserve chaque soir de nouvelles surprises.

Dès l’entrée en salle Tardieu, le public est mis dans l’ambiance (salsa !) car la musique résonne à plein volume, pendant qu’Alfonso Barón et Luciano Rosso s’échauffent durant de longues minutes. Lorsque le spectacle commence enfin, le plateau est au contraire plongé dans le silence, ce qui crée un contraste tout d’abord perturbant. C’est sans doute pour mieux faire entendre la respiration des deux sportifs dont la performance parait à la fois très physique (la sueur qui ruisselle atteint les premiers rangs) et facile (les sauts sont aériens, les réceptions silencieuses).  Les deux hommes se trouvent en effet dans un vestiaire et se lancent dans une battle à coups de regards provocateurs : il faut dire que « un poyo rojo » se traduit par « un coq rouge ». Si Luciano Rosso mime bel et bien l’animal à différentes reprises, c’est surtout au sens figuré que l’on peut comprendre ce titre. Ce sont des défis de virtuosité qui s’enchainent, non sans humour. On admire les corps souples et les numéros qui frôlent parfois le burlesque. Lorsqu’est allumé le poste de radio, troisième personnage de ce spectacle, une place est donnée à l’improvisation puisque les interprètes doivent s’adapter à la musique et aux émissions qui sont diffusées en direct. Quelle ne fut pas la surprise d’Alfonso Baron lorsqu’au hasard des fréquences retentit le nom du théâtre du Rond-Point ! Un léger fou rire gagnera l’interprète ainsi que la salle.

De ce combat de coqs se dégage une sensualité voire même une tension sexuelle, car on sent derrière la violence apparente les désirs de l’un et de l’autre. Quand l’un se rapproche, l’autre s’éloigne, comme dans un jeu amoureux où personne ne veut céder devant l’autre. Mais c’est avant tout la générosité des deux interprètes que l’on retiendra de ce spectacle : Luciano Rosso nous accorde même un petit bonus à la fin de la représentation. Distrayant et drôle, Un Poyo Rojo est à ne pas manquer si vous voulez vous évader une heure durant !

Jusqu’au 8 octobre au théâtre du Rond-Point

Lucile Joyeux« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque
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La mystérieuse auberge de Kurô Tanino
Photo : Shinsuke Sugino

La mystérieuse auberge de Kurô Tanino

Le Festival d’Automne nous fait découvrir pour la première fois en France le travail du metteur en scène japonais Kurô Tanino avec son spectacle « Avidya ». Un voyage de deux heures au cœur des montagnes japonaises dans une auberge proche de la démolition et peuplée de personnages étranges et fascinants.

« Avidya » désigne en sanskrit le premier des douze maillons du bouddhisme qui signifie « aveuglement » ou « illusion », et que Kurô Tanino traduit aussi par « égarement ». L’égarement est un fil rouge tout au long de la pièce, l’auberge qui est un véritable refuge pour les villageois malades qui souhaitent profiter des bienfaits des eaux thermales est égarée au milieu de la nature, les personnages qu’on rencontre dans la pièce semblent égarés entre leurs désirs et leurs peurs. Kurô Tanino a lui-même réalisé le décor qu’il a souhaité mettre en place dès le premier jour des répétitions. On sent que les comédiens ont pu s’approprier l’espace, s’y projeter tout au long du travail. Il s’agit d’un plateau tournant qui donne à voir successivement les différentes pièces de l’auberge : le patio, les chambres, les bains… L’auberge est ainsi progressivement dévoilée pour révéler ses secrets. On prend plaisir en tant que spectateur à observer les objets, à écouter les sons qui proviennent de cette « auberge de l’obscurité ». La lumière qui transperce les vapeurs des bains ou celle du crépuscule rougeoyant qui se reflète sur l’arbre participe de cette esthétique épurée et on se sent littéralement au cœur des montagnes japonaises.

Une voix off nous raconte l’histoire de cette auberge et celle de ses hôtes. Tout commence avec un duo de marionnettistes qui arrivent de Tokyo pour jouer leur spectacle. Le père atteint de nanisme et son fils grand et impassible intriguent dès la première scène. Ils apprennent rapidement que le propriétaire des lieux est mort, et que personne n’est au courant de ce spectacle. Ils feront la rencontre des quatre personnages de passage dans l’auberge : Otaki qui est une vieille dame habituée des lieux, un malvoyant qui espère recouvrer la vue, un sansuke (métier disparu au Japon qui consistait à laver le corps des clients et à servir de géniteur aux femmes qui ne réussissaient pas à avoir d’enfant) et deux geishas qui ont pris l’habitude de venir se reposer et répéter dans cette auberge. Chacun de ces personnages va être à la fois intrigué et gêné par le père et le fils. Le rythme très lent de la pièce nous révèle petit à petit leurs désirs et leurs peurs de manière subtile. Les corps et les générations se confondent et créent des rencontres  improbables. Chaque personnage porte son mystère et progressivement les esprits s’échauffent jusqu’à ce point d’orgue où le père et le fils décident de jouer un extrait de leur spectacle. A ce moment-là, le rythme s’accélère et l’atmosphère devient plus inquiétante devant cette marionnette difforme animée par le père en transe. Le sansuke est ému aux larmes, l’aveugle crie d’effroi. S’ensuit une scène marquante où l’aveugle tente dans la nuit de toucher la marionnette tandis qu’une des geishas est en train de faire l’amour dans le bain avec le sansuke pour avoir un enfant. Les cris de peur du malvoyant et ceux de plaisir de la geisha se mêlent et créent une atmosphère pesante. On oscille tout au long de la pièce entre les peurs et les désirs des personnages sans jamais réussir à percer réellement leurs secrets, le spectateur peut alors imaginer sa propre histoire.

Mais surtout, la pièce met en scène la fin d’un monde : l’auberge sera détruite pour laisser place à une ligne de chemin de fer et cette source gratuite disparaîtra. Dans cette pièce Kurô Tanino nous présente la fin d’une époque symbolisée par cette auberge où il fait revivre des personnages comme le sansuke. Un hommage à une culture japonaise ancestrale qui donne envie de s’envoler pour le Japon à la recherche de ces eaux thermales miraculeuses.

 

Maxime PauwelsLa mystérieuse auberge de Kurô Tanino
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