« Le Sujet des sujets » : 20 ans de « Sujets à vif » en 45 minutes

« Le Sujet des sujets » : 20 ans de « Sujets à vif » en 45 minutes
SUJET DES SUJETS - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION - Conception et interprétation : Frédéric FERRER - Dispositif scénique : Samuel SERANDOUR - Images : Claire GRAS - Avec : Frédéric FERRER - Mélissa VON VEPY - Dans le cadre du 71ème Festival d'Avignon - Lieu : Cour de la Vierge du Lycée Saint Joseph - Ville : Avignon - Le 07 07 2017 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

« Le Sujet des sujets » : 20 ans de « Sujets à vif » en 45 minutes

Depuis vingt ans les Sujets à vif sont des rendez-vous immanquables du Festival d’Avignon. Deux artistes se rencontrent pour produire une courte forme. A l’occasion de cet anniversaire, Frédéric Ferrer leur rend hommage dans Le Sujet des sujets.

Il entreprend de relater dans une course contre la montre impossible (45min, pas plus pas moins) vingt ans de Sujets à Vif. Autant dire qu’il va devoir faire des choix. Comme il ne peut pas parler des 350 artistes qui ont jalonné l’histoire des Sujets à Vif, Frédéric Ferrer va s’interroger avec humour sur des constantes de l’événement comme le lieu, le Jardin de la Vierge du lycée Saint Joseph. Il nous livre une conférence type TedX, pendant laquelle il agrémente son exposé d’images au ressort comique efficace. Les interventions de Jean-Philippe, régisseur du lieu, ou de Claire, qui tourne des images avec une caméra embarquée, nous font découvrir les secrets de ce fameux jardin. L’ensemble est rythmé et souvent drôle, on ne verrait pas le temps passé sans le chronomètre installé au-dessus du plateau..

(c) Lucile Joyeux

(c) Lucile Joyeux

Soudain, une fenêtre s’ouvre et on découvre un nouveau personnage qui n’est autre que l’invité du jour, Phia Ménard. Tout comme en 2010 lors de sa performance avec Anne-James Chaton, elle incarne un mystique inquiétant au visage caché qui se met à jeter frénétiquement des matelas pneumatiques par les fenêtres pendant que Frédéric Ferrer tente de finir son exposé.

Ce dernier finit par la rejoindre pour la scène finale de ce Sujet des Sujets. Une scène spectaculaire qui tranche avec l’exposé auquel on vient d’assister. On a d’ailleurs peine à saisir l’intérêt et le sens de cette dernière partie, très esthétique au demeurant. On quitte la salle en ayant passé un bon moment avec l’envie de découvrir un prochain « Sujet à vif » au Festival d’Avignon.

A voir au Festival d’Avignon jusqu’au 25 juillet 2017

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Le Sujet des sujets » : 20 ans de « Sujets à vif » en 45 minutes
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Lia Rodrigues implore le ciel au 104
Crédit photo : Sammi Landweer

Lia Rodrigues implore le ciel au 104

Para que o céu nao caia [Pour que le ciel ne tombe pas], la nouvelle création de la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues présentée au 104 pour le Festival d’Automne, nous plonge dans un univers tribal où les corps deviennent les porte-voix de populations délaissées.

Lorsqu’on entre dans la salle du 104, rien sur le plateau, ni décor ni accessoires, seulement une puissante odeur de café qui éveille notre curiosité et nos sens. Notre serviette à la main (parce qu’on nous distribue énigmatiquement ce bout de chiffon), on se demande sur lequel des quatre côtés s’asseoir, mais on sait que ce sera à même le sol. Cependant, lorsque les danseurs font leur apparition, c’est pour mieux nous demander de nous déplacer, brisant ainsi le cercle que nous avions naturellement formé. Tout au long du spectacle nous serons ainsi guidés par les sept performeurs, happés, repoussés, frôlés, regardés longuement même. De quoi mettre mal à l’aise parfois, avant de nous emporter de nouveau.

Les performeurs s’enduisent tout d’abord de café, puis d’autres substances de différentes couleurs, qui les métamorphosent en personnages fantasmagoriques, repoussants ou intrigants, c’est selon. Ainsi grimés, ils traversent la marée composée des spectateurs agglomérés au sol, et viennent nous observer de très près. Les danseurs s’approchent de très près, nous scrutent, nous touchent même, puis repartent. L’effet produit sur les spectateurs est très varié. Certains n’osent pas regarder le personnage qui leur fait face et détournent la tête, d’autres laissent échapper de petits rires nerveux, et d’autres encore les fixent avec le plus grand sérieux. Cette expérience n’atteint pas de la même manière :

Maxime : J’ai perçu une véritable frontière entre le danseur et moi, comme si on ne pouvait pas se comprendre parce qu’on ne partageait pas le même langage.
Lucile : J’ai au contraire eu l’impression d’entrer en communion avec le danseur grâce à notre échange de regard, comme si la frontière performeur/spectateur n’existait plus. C’était à la fois agréable et déroutant. 

L’expérience était en tout cas troublante pour nous deux, comme pour les autres spectateurs.

©LJoyeux

La seconde partie du spectacle est « dansée » au sens traditionnel du terme. Les danseurs investissent le plateau entier, reformant le dispositif quadri-frontal. La chorégraphie évoque un rituel. Une grande violence à la limite de la rage se dégage de leurs mouvements. Il faut dire que Lia Rodrigues s’est inspirée de l’histoire tragique de la tribu indienne Yanomani, ainsi que de celle des habitants de la favela de Maré au Nord de Rio, qu’elle a rencontrés. Elle met en mouvement ses danseurs et nous confronte directement à la réalité de ces populations. Leurs gestes mais aussi leurs cris expriment une souffrance profonde. Lorsqu’ils se tiennent par les épaules, c’est pour mieux faire front et rester unis face au monde extérieur que le public représente. Ils semblent vouloir extérioriser leur rage et leur détresse, qu’ils nous communiquent tout autant que leur espoir.

Quand la lumière se rallume les danseurs ont quitté le plateau, il ne reste que la poudre au sol et les traces de pas pour nous prouver que tout cela était bien réel.

 

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« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque
Photo : Paola Evelina

« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque

Un Poyo Rojo est un spectacle qui donne le sourire ! Entre virtuosité et burlesque, les deux danseurs mis en scène par Hermes Gaido vont se lancer des défis physiques jusqu’à devenir plus que de simples rivaux, tout cela avec l’aide d’un poste de radio qui réserve chaque soir de nouvelles surprises.

Dès l’entrée en salle Tardieu, le public est mis dans l’ambiance (salsa !) car la musique résonne à plein volume, pendant qu’Alfonso Barón et Luciano Rosso s’échauffent durant de longues minutes. Lorsque le spectacle commence enfin, le plateau est au contraire plongé dans le silence, ce qui crée un contraste tout d’abord perturbant. C’est sans doute pour mieux faire entendre la respiration des deux sportifs dont la performance parait à la fois très physique (la sueur qui ruisselle atteint les premiers rangs) et facile (les sauts sont aériens, les réceptions silencieuses).  Les deux hommes se trouvent en effet dans un vestiaire et se lancent dans une battle à coups de regards provocateurs : il faut dire que « un poyo rojo » se traduit par « un coq rouge ». Si Luciano Rosso mime bel et bien l’animal à différentes reprises, c’est surtout au sens figuré que l’on peut comprendre ce titre. Ce sont des défis de virtuosité qui s’enchainent, non sans humour. On admire les corps souples et les numéros qui frôlent parfois le burlesque. Lorsqu’est allumé le poste de radio, troisième personnage de ce spectacle, une place est donnée à l’improvisation puisque les interprètes doivent s’adapter à la musique et aux émissions qui sont diffusées en direct. Quelle ne fut pas la surprise d’Alfonso Baron lorsqu’au hasard des fréquences retentit le nom du théâtre du Rond-Point ! Un léger fou rire gagnera l’interprète ainsi que la salle.

De ce combat de coqs se dégage une sensualité voire même une tension sexuelle, car on sent derrière la violence apparente les désirs de l’un et de l’autre. Quand l’un se rapproche, l’autre s’éloigne, comme dans un jeu amoureux où personne ne veut céder devant l’autre. Mais c’est avant tout la générosité des deux interprètes que l’on retiendra de ce spectacle : Luciano Rosso nous accorde même un petit bonus à la fin de la représentation. Distrayant et drôle, Un Poyo Rojo est à ne pas manquer si vous voulez vous évader une heure durant !

Jusqu’au 8 octobre au théâtre du Rond-Point

Lucile Joyeux« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque
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