« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution

« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution
Credit photo : Richy Wong

« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution

Le spectacle documentaire « Red » du Living Dance Studio chorégraphié par Wen Hui tente de sonder les mémoires et de faire parler les corps.

Le sujet central du spectacle est un ballet, « Le détachement féminin rouge », pensé comme un instrument de propagande durant la Révolution culturelle de Mao Zedong. Wen Hui interroge plusieurs générations de Chinois qui ont tous été marqués à différents niveaux par ce ballet. Malgré la sincérité des interprètes et la richesse du sujet, le spectacle peine à dépasser le stade du simple documentaire. La scénographie très épurée se résume à deux chaises positionnées de chaque côté de la scène, un rideau rouge puis un écran en fond de scène (un classique) qui permet de projeter les témoignages et les images d’archive du ballet. Des témoignages brefs et peu étoffés d’anciens danseurs du ballet ou de témoins de la révolution qui constituent une part trop importante du spectacle par rapport à la prestation des quatre interprètes sur scène. Un livre ouvert projeté en vidéo dévoile des images d’archives, une belle illustration du manque d’inventivité de la scénographie.

Dans le même temps, à l’avant-scène, nos quatre interprètes réalisent des mouvements et témoignent elles aussi de la manière dont elles ont vécu la révolution culturelle. Liu Zhuying a elle-même dansé dans le ballet au moment de la révolution. Son témoignage est touchant et je me suis demandé pourquoi il n’était pas plus exploité, pourquoi il était coupé par des interventions vidéos peu convaincantes. La jeune danseuse Jiang Fan est elle-aussi très talentueuse et son premier solo m’a « réveillé ». Ces moments, trop rares dans la pièce, racontent comment le corps a été utilisé pour magnifier la révolution. Lorsque les interprètes analysent les mouvements du ballet, quand elles expliquent que seuls les grands et les beaux danseurs pouvaient interpréter les héros, on comprend les mécanismes de la manipulation et le spectacle devient intéressant. Malheureusement, le fond est simplement esquissé, le spectacle reste le plus souvent en surface et j’ai souvent trouvé le temps long.

Je suis même ressorti de la salle en colère de voir un spectacle si peu abouti programmé dans un grand théâtre parisien. Les quelques beaux moments n’ont pas suffi à sauver la pièce et j’aurais certainement été mieux informé et peut-être plus touché par un documentaire diffusé sur Arte. J’attends un peu plus d’un « spectacle vivant ».

A voir au théâtre des Abbesses

Maxime Pauwels« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution
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