« Saïgon » de Caroline Guiela Nguyen : « les histoires vietnamiennes se racontent avec des larmes »

« Saïgon » de Caroline Guiela Nguyen : « les histoires vietnamiennes se racontent avec des larmes »
SAÏGON - 71e Festival d'Avignon - Texte et mise en scène : Caroline GUIELA NGUYEN - Collaboration artistique : Claire CALVI - Dramaturgie : Jérémie SCHEIDLER - Manon WORMS - Traduction : Duc Duy Nguyen, Thi Thanh Thu Tô Scénographie : Alice DUCHANGE Lumière : Jérémie PAPIN Son : Antoine RICHARD Costumes : Benjamin MOREAU Avec : Caroline ARROUAS - Dan ARTUS - Adeline GUILLOT - Thi Truc Ly Huynh - Hoàng Son Lê - Phú Hau Nguyen - My Chau Nguyen Thi - Pierric PLATHIER - Thi Thanh Thu Tô - Anh Tran Nghia - Hiep Tran Nghia - Dans le cadre du 71e Festival d'Avignon - Lieu : Gymnase du Lycée Aubanel - Ville : Avignon - Le 07 07 2017 Photo: Christophe RAYNAUD DE LAGE

« Saïgon » de Caroline Guiela Nguyen : « les histoires vietnamiennes se racontent avec des larmes »

C’est l’histoire de Vietnamiens. De Vietnamiens de Saïgon exilés à Paris en 1956, qui peuvent enfin tenter un retour à Hô Chi Minh en 1996. On les appelle les Viet kieu (Vietnamiens étrangers). L’histoire de la colonisation est le point d’intersection des histoires personnelles.

Il s’agit de Mai et Hao, fiancés malheureux puisque Háo doit fuir le pays après le départ des Français, qui ont perdu la guerre.
Il s’agit de Linh et Edouard, couple formé pendant la guerre d’Indochine : le militaire ramène la jeune et naïve Linh, qui pense vivre une douce vie en France.
Il s’agit de Linh, devenue vieille, et de son fils Antoine : l’aime-t-elle ?
Il s’agit de Lam, la narratrice, et de Marie-Antoinette, la cuisinière qui traverse le temps sans vieillir, interprétée par une amateure qui tient un restaurant. Elle a perdu son fils.

Pour traverser ces temporalités et passer d’un pays à un autre, Carolina Guiela Nguyen a choisi un décor unique : un restaurant typique de Saïgon, de ceux que la diaspora vietnamienne recrée à l’identique à Paris, pour se sentir comme au pays. Les destins des personnages se croisent donc dans ce lieu clos divisé en trois espaces : cuisine, salle, karaoké. Lorsqu’à la fin les deux temporalités se rencontrent brièvement sur le plateau, leur coexistence vient troubler les frontières et créer un moment hors du temps, à la fois onirique et révélateur de sens.

Carolina Guiela Nguyen, d’origine vietnamienne, voulait que « les larmes de [sa] mère appartiennent aussi à la géographie », et pas seulement à une histoire personnelle. C’est réussi, car elle nous présente un spectacle où les destins personnels sont intimement liés à l’Histoire. Nous avons été bouleversés à plusieurs reprises en assistant aux malheurs des personnages, qui font écho à certains grands bouleversements du XXème siècle.

La candeur de certains personnages est à la fois touchante et amusante. Le jeu des comédiens est assez inégal, mais il nous a semblé qu’il s’agissait d’un parti pris, comme si les personnages devaient parfois se caricaturer eux-mêmes pour exister.

« Saïgon » est aussi une réflexion sur le déracinement et les problématiques liées à la langue. Nous avons pu remarquer que les personnages vietnamiens reviennent à leur langue maternelle dès lors qu’ils sont submergés par l’émotion, qu’il s’agisse de la colère, de l’humiliation, de la tristesse, de la peur… On pense à Linh, qui se rend compte dans sa robe de mariée que tout ce qu’Edouard avait pu lui promettre n’était qu’inventions d’un esprit tourmenté. On pense aussi à Háo, devenu Viet kieu, qui échoue dans son retour au pays, impossible pour lui de comprendre la langue des jeunes vietnamiens. Le fils de Linh, élevé en France, ne parle quant à lui pas un mot de vietnamien ; isolé face à sa propre mère dont il ne partage pas la langue…maternelle. Les chansons, qui servent souvent de transition aux chapitres, sont également un moyen pour les personnages de dépasser les barrières de la langue.

Les Départs, les Exilés, l’Absent, le Retour… Des titres de chapitres évocateurs qui révèlent les souffrances successives des hommes et des femmes ballottés par les décisions politiques.

A voir au Festival d’Avignon jusqu’au 14 juillet

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Saïgon » de Caroline Guiela Nguyen : « les histoires vietnamiennes se racontent avec des larmes »

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