« Zig Zig » de Laila Soliman : un procès qui manque de vie

« Zig Zig » de Laila Soliman : un procès qui manque de vie
@ Ruud Gielens

« Zig Zig » de Laila Soliman : un procès qui manque de vie

Intrigués par l’histoire des femmes égyptiennes violées par des soldats britanniques il y a près de cent ans, nous nous sommes rendus au Nouveau Théâtre de Montreuil pour découvrir le spectacle de Laila Soliman, « Zig Zig ». Un spectacle documentaire qui nous a malheureusement déçus tant la proposition scénique classique et sans surprise n’est pas au niveau du sujet traité.

En lisant la présentation du spectacle dans le programme du Festival d’Automne, nous avions trouvé le sujet atypique et engagé, et avions hâte de découvrir l’adaptation théâtrale d’un procès pour viols qui a eu lieu à la fin de la Première Guerre mondiale. Mais nous avons finalement été déçus du résultat.

Laila Soliman a exhumé dans les archives du Foreign Office de Londres la transcription officielle du procès de 1919 regroupant témoignages de victimes, interrogatoires et comptes rendus de séance. Un matériau précieux qui est desservi par une mise en scène et une scénographie transparentes. Chacune des quatre interprètes tentent de rendre la parole aux victimes en ressuscitant leurs témoignages ainsi que les interrogatoires, tout en faisant part de leurs réflexions sur cette tragédie. Mais tout cela va trop vite, et à trop vouloir montrer la dureté des magistrats, le spectateur assiste désabusé à un objet scénique froid. A côté des quatre interprètes alignées et de la violoniste, des documents originaux sont projetés sur un écran. Les quelques chants égyptiens qui retentissent pour briser la monotonie et la froideur de la mise en scène ne sont pas assez puissants pour permettre de donner vie au spectacle. La mise en scène laisse penser que Laila Soliman imaginait que la force des témoignages allait permettre à elle seule de nourrir le spectacle. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, et les quelques tentatives pour occuper l’espace (passages chorégraphiés) n’ont rien arrangé.

Même la musique composée pour le spectacle et interprétée sur scène par une violoniste ne permet pas de rythmer ou de faire résonner les témoignages. L’ennui et la monotonie ont gagné la salle ce que l’on déplore d’autant plus que l’histoire de ce petit village égyptien méritait d’être portée à la scène.

À voir au Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 21 octobre.

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Zig Zig » de Laila Soliman : un procès qui manque de vie
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Interview de Jérôme – « Stadium » de Mohamed El Khatib
©Pascal Victor/ArtComPress

Interview de Jérôme – « Stadium » de Mohamed El Khatib

Dans son spectacle Stadium, Mohamed El Khatib a réuni une soixantaine de supporteurs du RC Lens, réputés pour être le meilleur public de France. Parmi eux Yvette, l’une des figures majeures de la pièce, matriarche d’une grande famille de supporteurs, présente à chaque représentation. 
Nous avons rencontré Jérôme Vastra, l’un de ses petits-fils, remarqué dans la pièce parce qu’il ne ressemble pas tout à fait aux autres membres de la famille. 
Il a 32 ans, il vit à Lille, est web designer, porte chemise et lunettes, bref… on ne l’imagine pas allumer des fumigènes au stade Bollaert, il correspond davantage à l’image que l’on se fait d’un spectateur parisien.

Tout a commencé grâce à un meuble …

 

Raconte-nous comment tu as intégré le projet.

C’est ma tante qui m’a appelé car quelqu’un voulait parler de notre passion familiale pour le Racing Club de Lens. On voulait voir ma grand-mère avec une partie de sa famille. Donc ma tante a appelé toute la famille !

Mais comment Mohamed El Khatib vous a-t-il connus ?

Je crois qu’il était tombé sur un article publié dans un journal local, sur le meuble que ma grand-mère avait donné au Louvre Lens.

Pour rappeler le contexte, en 2016 le Louvre Lens a organisé une exposition sur le Racing Club de Lens. Ma grand-mère est une fan inconditionnelle et a plein, plein, plein d’objets du RCL ! Des personnes du Louvre Lens sont venues chez elle et ont choisi un meuble de télévision que l’un de mes oncles avait fait. Il y a une vitrine avec un mini-stade de foot, des petits joueurs et des supporteurs, et sur leurs têtes on avait collé des photos de nous (rires). 
–> Le meuble d’Yvette
–> L’exposition RC Louvre au Louvre Lens

Il faut savoir que dès qu’on rentre chez ma grand-mère, enfin, même dehors d’ailleurs, on sait que c’est une supportrice ! Il y a des drapeaux aux 

fenêtres, des anciennes photos de joueurs. A l’intérieur tout est rouge et jaune ! (on le voit dans le spectacle, car la famille est filmée chez Yvette : du sol au plafond tout évoque le Racing Club de Lens).

Donc Mohamed El Khatib a voulu rencontrer cette famille !
On est arrivés au Louvre Lens à quarante. A mon avis personne ne s’y attendait, et en plus il n’y avait que la moitié de la famille ! Mohamed El Khatib – qu’on ne connaissait pas – était là et a halluciné de nous voir aussi nombreux : « ah ouais quand même ça fait une sacrée famille » !
Là, il nous a expliqué qu’il voulait faire une pièce sur nous. Nous on pensait que c’était pour rigoler, pas que c’était quelque chose de « sérieux », qu’il y aurait un engrenage comme cela. Nous on aime bien le foot, on aime se réunir et rigoler, et voilà… on était loin de se douter… Au final ça rend un spectacle super !

Mais toi, tu es aussi un « vrai » supporteur de Lens ?

Oui ! Je ne peux pas aller au stade tout le temps, je ne peux pas aller en déplacement, mais dès que j’ai l’occasion je regarde le match, je les soutiens (sa fiancée hoche la tête : « Oh oui ! » confirme-t-elle… )

Autant qu’Yvette ?

Autant que ma grand-mère, c’est impossible ! Déjà, il faudrait que mon appartement soit rouge et jaune partout, c’est impossible !!!! Chez elle c’est un sanctuaire.

 

Comment avez-vous travaillé avec Mohammed El Khatib ?

La toute première fois qu’il nous a demandé de venir, il nous a installés sur une estrade comme celle qu’on retrouve actuellement sur scène. Puis il nous a posé des questions. C’est comme ça que j’ai été piégé la toute première fois car toute ma famille était en tee-shirt et moi en chemise. Il m’a dit « mais toi qu’est-ce que tu fais là, pourquoi tu es en chemise ? », c’est là que j’ai balancé ma vanne, ça a fait rire tout le monde et maintenant elle est encore dans le spectacle.

Il a posé énormément de questions, il a retenu des choses, prenait des notes. De là on a commencé à répéter : il faut se placer comme ça, il faut arriver à tel moment, pas aller trop vite, trop lentement, trop haut, pas s’écarter…

Donc il a recueilli la matière au cours des premières séances et après il a travaillé la forme ?

Oui, le plus gros a été fait au début mais en fait ça s’étoffait à chaque répétition, et même encore maintenant pendant les spectacles. Ça bouge tout le temps…

Vous vous attendiez à ce que cette aventure prenne une telle ampleur ?

On a fait un premier jet au Louvre Lens, enfin nous, on pensait que ce serait le seul ! On a fait cette représentation et après seulement on a appris qu’il y aurait d’autres dates, qu’il faudrait faire des répétitions de chants etc… on a même eu un coach vocal qui venait exprès pour nous ! Le maire de Grenay (personnalité qui apparaît dans l’une des vidéos du spectacle, Grenay est une ville à côté de Lens NDRL), nous prêtait une salle gracieusement ! On faisait des exercices car au début les chants ne ressemblaient vraiment à rien, c’était inaudible ! Il a essayé d’harmoniser un peu tout ça !
Après on a fait une répétition générale avant les deux dates de Douai. Quand on est arrivés là-bas on nous a donné une feuille sur laquelle il y avait quarante dates sur 2017-2018. On s’est demandé ce que c’était ! On a compris que ça marchait bien quand on a vu qu’il y avait autant de dates. Là c’était vraiment parti… On a fait Tours, Angers, et ensuite Paris.

Voyant l’ampleur du projet des personnes sont-elles parties ?

Non, personne n’est parti en raison de l’ampleur du projet, mais certaines ont dû arrêter à cause du travail. On adapte, ce ne sont pas toujours les mêmes personnes sur scène. Par exemple mon frère voudrait être toujours là mais il travaille à trois-quatre heures de Paris donc il ne peut pas, il vient seulement certains soirs. Moi j’essaie de faire ce que je peux.

Comment t’organises-tu pour pouvoir participer ?

J’ai dû prendre un congé sans solde là où je suis salarié, du mardi au jeudi. Je retourne à Lille pour travailler les lundi et vendredi avec mon statut d’auto-entrepreneur, sinon je perdrais mon client et je n’aurais pas de rentrée d’argent. Pour le spectacle on me rembourse mes transports et j’ai un défraiement en tant que figurant. On a un contrat, mais je ne l’ai jamais vraiment lu ….

 

En interview M. El Khatib a parlé de toi comme d’un « transfuge de classe » ? Qu’en penses-tu ? Est-ce que ça se ressent dans ta famille ?

Au sein de la famille c’est simple, il n’y a pas du tout cette notion de classe, tout le monde est pareil. Peu importe que tu sois cadre ou ouvrier, peu importe combien tu gagnes, où tu vis. Si quelqu’un a quelque chose à dire, on le dit. Ça a toujours été comme ça. C’est plus le public extérieur qui peut se dire que je suis d’une autre classe sociale.

Comment ont réagi tes collègues de travail en apprenant que tu jouais dans un spectacle ?

Je l’ai annoncé à mes collègues il n’y a pas si longtemps que cela, je leur ai dit quand j’ai dû partir en tournée. Au début ils ne me croyaient pas : « ouais, c’est ça, tu vas à Paris jouer dans une pièce, oui c’est ça ! » Vraiment ils ne me croyaient pas !!! J’ai dû leur montrer des photos qui étaient parues dans des journaux !

Certains ont une image pleine d’a priori sur le Pas de Calais, et on me chambrait déjà avant le spectacle sur le sujet. Quand ils ont su qu’en plus je jouais dans une pièce sur le RCL, ils ont vraiment cru que ce serait un « truc de Footix », ils ne comprenaient pas du tout le projet : pourquoi des supporteurs seraient dans un spectacle ?
Je leur ai expliqué et leur ai dit de lire les articles. Ils ont commencé à prendre les choses au sérieux et à s’apercevoir qu’il y avait un fond. Maintenant beaucoup veulent voir la pièce (mais il n’y a pas encore de dates prévues à Lille).

En tant que spectateurs de pièces de théâtre, nous rencontrons grâce à Stadium des spectateurs de matchs de foot ; mais vous, comment avez-vous perçu le public de théâtre ?

On le découvre complètement car c’est un milieu très éloigné de nous. On était surpris : on ne pensait pas que le public pouvait se lâcher comme ça dans un théâtre, taper dans ses mains, chanter « joyeux anniversaire » à ma grand-mère, et venir nous voir à la fin librement, faire tomber les barrières. On aime que les gens viennent nous voir à la fin. On serait gênés si les personnes partaient juste après le spectacle sans venir nous parler, mais là ils restent, ils prennent le temps de venir discuter avec nous, c’est génial.

Certaines personnes disent avoir été gênées pendant le spectacle par des rires qui seraient selon eux moqueurs… Est-ce que vous en avez parlé avec les autres participants ? Est-ce que vous avez ressenti ça ?

(Jérôme est très étonné) NON jamais ! A aucune occasion. On n’a jamais eu l’impression qu’on se moquait de nous, sinon on en aurait fait part à Mohamed. Au tout début quand on entend l’accent ch’ti des gens rigolent, mais on ne le prend pas comme une moquerie, et passé quelques minutes on s’aperçoit que ça va plus loin que la façon dont la personne parle, il y a le fond derrière ! Je n’imagine pas que des personnes se moquent pendant toute la pièce.

Après, chacun interprète comme il l’entend, on a le droit de ne pas aimer. Mais franchement il y a vraiment une atmosphère qui se dégage de la pièce, les chants, les témoignages, c’est obligé que ça touche un peu quand même ! Même si on ne peut jamais faire l’unanimité.

Qu’est-ce que cette aventure a changé pour toi ?

Je suis un peu plus loin de ma chérie ! Mais ça m’a aussi rapproché de ma famille, on passe plus de temps ensemble.

Et l’ambiance dans tout ça ?

A Paris on vivait à quinze dans une maison pendant deux semaines ! C’est tout le temps de la rigolade, on se charrie beaucoup, parfois il y a quelques tensions pour mettre un peu de piment, mais c’est tout le temps une bonne ambiance !

Mais vous vous rendez compte de ce qui vous arrive ?

Beaucoup n’étaient jamais venus à Paris, donc on mesure la chance qu’on a d’être là. C’est surtout le fait de partir en tournée qu’on trouve énorme ! Après qu’on joue dans un petit ou un grand théâtre, on ne fait pas la différence, pour nous c’est un théâtre. On vit ça comme une aventure car on sait que ça ne va pas durer, on en profite. On essaie de se faire plaisir, et de faire plaisir au public.

Est-ce que ça vous donne envie d’aller au théâtre ?

Oui, car quand je vois la réaction des gens qui viennent nous voir, j’aimerais avoir ce type de réaction en voyant une pièce. J’aurais envie de vivre ce qu’on fait vivre aux gens. C’est un monde qu’on ne connait absolument pas et on aimerait passer de l’autre côté.

Donc nous n’avons pas devant nous un futur comédien ?

Ah non ! Il faudrait que je prenne des milliers d’heures de cours, c’est un vrai boulot ! (Rires)

Bonus Audio

 

Les dates de la tournée : 

20 au 22 sept. 2017 Le Quai-Scène nationale Angers
12 oct. 2017 Théâtre de Saint-Germain-en-Laye
13 oct. 2017 Théâtre de Chelles
14 oct. 2017 Théâtre de Tremblay
10 nov. 2017 L’Avant-Scène – Théâtre de Colombes
16 & 17 nov. 2017 Théâtre de Beauvais
24 & 25 nov. 2017 Festival Mettre en scène, TNB Rennes
26 nov. 2017 Scènes du Golfe, Vannes
1er fév. 2018 Espace Malraux, Joué-les-tours, en co-accueil avec CDN Tours
2 fév. 2018 Centre Dramatique National Tours
3 fév. 2018 Scène Nationale Orléans
16 & 17 mars 2018 Scène nationale Châteauvallon
10 au 14 avr. 2018 Le Grand T, Nantes
26 mai 2018 Pôle culturel Alfortville

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsInterview de Jérôme – « Stadium » de Mohamed El Khatib
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« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution
Credit photo : Richy Wong

« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution

Le spectacle documentaire « Red » du Living Dance Studio chorégraphié par Wen Hui tente de sonder les mémoires et de faire parler les corps.

Le sujet central du spectacle est un ballet, « Le détachement féminin rouge », pensé comme un instrument de propagande durant la Révolution culturelle de Mao Zedong. Wen Hui interroge plusieurs générations de Chinois qui ont tous été marqués à différents niveaux par ce ballet. Malgré la sincérité des interprètes et la richesse du sujet, le spectacle peine à dépasser le stade du simple documentaire. La scénographie très épurée se résume à deux chaises positionnées de chaque côté de la scène, un rideau rouge puis un écran en fond de scène (un classique) qui permet de projeter les témoignages et les images d’archive du ballet. Des témoignages brefs et peu étoffés d’anciens danseurs du ballet ou de témoins de la révolution qui constituent une part trop importante du spectacle par rapport à la prestation des quatre interprètes sur scène. Un livre ouvert projeté en vidéo dévoile des images d’archives, une belle illustration du manque d’inventivité de la scénographie.

Dans le même temps, à l’avant-scène, nos quatre interprètes réalisent des mouvements et témoignent elles aussi de la manière dont elles ont vécu la révolution culturelle. Liu Zhuying a elle-même dansé dans le ballet au moment de la révolution. Son témoignage est touchant et je me suis demandé pourquoi il n’était pas plus exploité, pourquoi il était coupé par des interventions vidéos peu convaincantes. La jeune danseuse Jiang Fan est elle-aussi très talentueuse et son premier solo m’a « réveillé ». Ces moments, trop rares dans la pièce, racontent comment le corps a été utilisé pour magnifier la révolution. Lorsque les interprètes analysent les mouvements du ballet, quand elles expliquent que seuls les grands et les beaux danseurs pouvaient interpréter les héros, on comprend les mécanismes de la manipulation et le spectacle devient intéressant. Malheureusement, le fond est simplement esquissé, le spectacle reste le plus souvent en surface et j’ai souvent trouvé le temps long.

Je suis même ressorti de la salle en colère de voir un spectacle si peu abouti programmé dans un grand théâtre parisien. Les quelques beaux moments n’ont pas suffi à sauver la pièce et j’aurais certainement été mieux informé et peut-être plus touché par un documentaire diffusé sur Arte. J’attends un peu plus d’un « spectacle vivant ».

A voir au théâtre des Abbesses

Maxime Pauwels« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution
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« La pitié dangereuse » de Stefan Zweig adaptée par Simon McBurney : un bijou de précision
Crédit photo : Gianmarco Bresadola

« La pitié dangereuse » de Stefan Zweig adaptée par Simon McBurney : un bijou de précision

Notre Festival d’Automne commence fort avec la grande adaptation théâtrale du roman de Stefan Zweig, La Pitié Dangereuse, mise en scène par Simon McBurney et magnifiquement interprétée par la troupe de la Schaubühne au théâtre des Gémeaux.

Pendant plus de deux heures, je n’ai pu détourner une seule fois le regard de la scène tant le rythme effréné de la pièce m’a emporté. Du début à la fin, j’ai été littéralement happé par l’histoire de ce jeune homme qui se retrouve pris au piège de sa faiblesse envers Edith. Le roman de Zweig, qui nous plonge dans les souvenirs du lieutenant Anton Hofmiller, est adapté à la scène dans une version chorale interprétée par sept comédiens. Laurenz Laufenberg incarne le lieutenant jeune, donnant vie aux souvenirs du personnage, tandis que Christoph Gawenda interprète le lieutenant-narrateur qui commente et analyse ses actions passées. Comme dans le théâtre Nô, il y a parfois une séparation entre le corps physique et la voix de certains personnages. Ce choix de mise en scène renforce l’aspect choral et symbolise les liens qui unissent l’ensemble des personnages. Ils sont tous conscients du drame qui est en train de se jouer mais aucun d’entre eux ne peut y mettre fin.

Crédit photo : Gianmarco Bresadola

Crédit photo : Gianmarco Bresadola

Simon McBurney parvient à établir un subtil équilibre entre les passages narratifs plus réflexifs et les scènes de vie jouées sous nos yeux par les comédiens. Un équilibre qui permet aux spectateurs de ressentir la tension et la complexité des situations vécues par les personnages. La richesse de la mise en scène est sublimée par la maîtrise et le jeu millimétré de la troupe de la Schaubühne. Les comédiens parviennent à nous faire ressentir toute la puissance de l’implacable piège qui se referme sur le lieutenant à mesure qu’il s’engage envers Edith et sa famille.

La scénographie n’est pas en reste et contribue également à la réussite de la pièce. Assez minimaliste, elle est composée de petits espaces qui correspondent à chaque personnage, venant ainsi renforcer leur isolement. L’écran vidéo en fond de scène est utilisé pour prolonger le décor ou diffuser des images d’archive. L’ensemble laisse la part belle à l’imagination et j’ai souvent pu imaginer les lieux et les décors des différentes scènes qui se jouaient sous nos yeux.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été si impressionné et happé par une pièce de théâtre. Cette « Pitié Dangeureuse » est une grande réussite théâtrale qui retranscrit toute la force de l’écriture de Zweig et nous fait réfléchir sur le sentiment de pitié et ses conséquences dévastatrices.

Á voir au TNP de Villeurbanne du 23 au 30 mars 2018

Maxime Pauwels« La pitié dangereuse » de Stefan Zweig adaptée par Simon McBurney : un bijou de précision
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