Exotisme et sensualité au Cloître des Célestins

Exotisme et sensualité au Cloître des Célestins
Photo : Christophe Raynaud de Lage

Exotisme et sensualité au Cloître des Célestins

Dans ses créations, le chorégraphe américain Trajal Harrel a pour habitude de brouiller la frontière entre spectateurs et performeurs  : Caen Amour n’échappe pas à la règle. Le public est invité à se déplacer pendant le spectacle afin d’observer l’arrière-scène, qui devient elle-même le lieu de spectacle.

« N’hésitez pas à aller et venir à l’Arrière autant que vous le souhaitez »

Mais cette arrière-scène n’en est pas vraiment une puisque les nombreux objets personnels choisis par chacun des danseurs ornent les murs en carton pâte : est-ce vraiment là une coulisse qu’on nous invite à observer ou un autre espace scénique ?

TH coussinsLe chemin balisé pour s’y rendre et la précision apportée par la maîtresse de cérémonie (« ne pas entrer dans la zone de performance des artistes ») laissent toutefois le spectateur encore un peu à l’extérieur. Les allers-retours de la masse ne seraient-ils pas davantage organisés afin de symboliser le hoochie-coochie, danse dont s’inspire Caen Amour, que pour intégrer le public au spectacle ? Les coussins posés au bord du plateau, sur lesquels s’installent surtout les jeunes spectateurs, permettent davantage d’entrer dans le spectacle que ce déplacement vers l’arrière-scène.

C’est encore là que j’ai le plus profité de la performance, les danseurs situés à quelques centimètres nous aguichent.

Sensualité à la limite de l’érotisme

Les quatre interprètes (trois hommes et une femme) se succèdent, incarnant des personnages féminins sensuels et lascifs, exerçant sur moi une fascination intensifiée par le mélange des genres musicaux, litanie hypnotique.

On y reconnaît l’esprit du voguing et les motifs chers à Trajal Harrell : costumes, défilé, transe.

Les danseurs portent devant eux des vêtements, qui plus encore qu’un costume permettent l’incarnation de certains personnages. Partenaires des danseurs, ils donnent finalement davantage à voir que s’ils étaient réellement portés. Au fur et à mesure des passages ils se transforment, la veste devient jupe, le pantalon turban. Là encore ce jeu avec les tissus fascine, on attend l’entrée de l’artiste côté cour avant de le voir disparaître au bout d’une minute ou deux côté jardin, attendant l’entrée suivante avec une forme d’impatience.

Les spectateurs devenus mateurs par leurs allées et venues entrent dans le show par la force des choses. A la fin du spectacle on est plongés dans une atmosphère proche de celle des Mille et Une Nuits, comme peut en témoigner l’image de quelques spectateurs qui se prélassent allongés sur les coussins, ne lâchant pas du regard Trajal Harrell et ses danseurs.

Au Cloître des Célestins jusqu’au 13 juillet

Lucile JoyeuxExotisme et sensualité au Cloître des Célestins

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