Les Damnés électrisent la Cour d’Honneur du Palais des Papes

Les Damnés électrisent la Cour d’Honneur du Palais des Papes
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Les Damnés électrisent la Cour d’Honneur du Palais des Papes

Hier soir la Cour d’Honneur a été témoin de la descente aux Enfers de la famille Essenbeck, rongée peu à peu par le pouvoir nazi. Ivo Van Hove réussit magnifiquement l’adaptation du scénario des Damnés de Luchino Visconti grâce à une utilisation précise et intelligente de la vidéo et à une troupe de la Comédie Française parfaitement dirigée.

Les personnages de la famille Essenbeck nous regardent droit dans les yeux et s’apprêtent à nous raconter leur histoire. Notre regard va et vient entre le plateau et cet écran vidéo central habilement utilisé par Ivo Van Hove, à la manière d’un cinéaste pour nous donner une autre perspective.

La fastueuse fête d’anniversaire du baron Joachim (Didier Sandre), faussement joyeuse, nous plonge directement dans une mélancolie sourde, les luttes de pouvoir se dessinent entre le baron Konstantin (Denis Podalydès), Herbert Thallman (Loïc Corbery) et Friedrich Bruckman (Guillaume Galienne). Le national socialisme prend le dessus sur les liens filiaux et très vite le clan bascule dans une tragédie sanglante.

Le clan bascule dans une tragédie sanglante

Christophe Montenez est saisissant dans le rôle de Martin von Essenbeck, l’unique héritier de Joachim qui pour se venger de sa mère fera tout pour renverser Friedrich Burckmann. Le public est saisi par la violence sourde de certaines scènes mêlée à une esthétique très travaillée. Je pense particulièrement à la scène où Podalydès accompagné d’un autre comédien incarnent des soldats SA célébrant dans une effusion de joie une victoire évoquant une fête sportive. Ils sont deux sur le plateau mais sur la vidéo on peut voir une véritable équipe.

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Cette scène de joie se termine par une exécution sommaire et sans appel. Elle m’a évoqué l’histoire tragique de ce match opposant en 1942 le FC Start à une équipe allemande. Les joueurs ukrainiens refusant de se soumettre au joug nazi remportèrent le match devant 45 000 spectateurs, ils seront tous froidement exécutés pour l’exemple.

Dans cette Cour d’Honneur, on se sent le témoin d’une barbarie en marche que l’on ne peut arrêter. Ivo Van Hove nous interroge sans cesse, comme après la mort de chaque personnage, moment où les spectateurs se voient en miroir à l’écran, comme pour révéler notre passivité.

La mise en scène d’Ivo Van Hove résonne terriblement avec l’actualité, évoquant la violence économique, sociale et terroriste à laquelle on fait face actuellement. On sort de la Cour d’Honneur avec des frissons, en se disant que cette tragédie a bien existé. Certaines scènes continueront longtemps de nous habiter comme pour nous rappeler que la barbarie n’est jamais très loin.

Les Damnés mise en scène Ivo Van Hove jusqu’au 16 juillet

Maxime PauwelsLes Damnés électrisent la Cour d’Honneur du Palais des Papes
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Exotisme et sensualité au Cloître des Célestins
Photo : Christophe Raynaud de Lage

Exotisme et sensualité au Cloître des Célestins

Dans ses créations, le chorégraphe américain Trajal Harrel a pour habitude de brouiller la frontière entre spectateurs et performeurs  : Caen Amour n’échappe pas à la règle. Le public est invité à se déplacer pendant le spectacle afin d’observer l’arrière-scène, qui devient elle-même le lieu de spectacle.

« N’hésitez pas à aller et venir à l’Arrière autant que vous le souhaitez »

Mais cette arrière-scène n’en est pas vraiment une puisque les nombreux objets personnels choisis par chacun des danseurs ornent les murs en carton pâte : est-ce vraiment là une coulisse qu’on nous invite à observer ou un autre espace scénique ?

TH coussinsLe chemin balisé pour s’y rendre et la précision apportée par la maîtresse de cérémonie (« ne pas entrer dans la zone de performance des artistes ») laissent toutefois le spectateur encore un peu à l’extérieur. Les allers-retours de la masse ne seraient-ils pas davantage organisés afin de symboliser le hoochie-coochie, danse dont s’inspire Caen Amour, que pour intégrer le public au spectacle ? Les coussins posés au bord du plateau, sur lesquels s’installent surtout les jeunes spectateurs, permettent davantage d’entrer dans le spectacle que ce déplacement vers l’arrière-scène.

C’est encore là que j’ai le plus profité de la performance, les danseurs situés à quelques centimètres nous aguichent.

Sensualité à la limite de l’érotisme

Les quatre interprètes (trois hommes et une femme) se succèdent, incarnant des personnages féminins sensuels et lascifs, exerçant sur moi une fascination intensifiée par le mélange des genres musicaux, litanie hypnotique.

On y reconnaît l’esprit du voguing et les motifs chers à Trajal Harrell : costumes, défilé, transe.

Les danseurs portent devant eux des vêtements, qui plus encore qu’un costume permettent l’incarnation de certains personnages. Partenaires des danseurs, ils donnent finalement davantage à voir que s’ils étaient réellement portés. Au fur et à mesure des passages ils se transforment, la veste devient jupe, le pantalon turban. Là encore ce jeu avec les tissus fascine, on attend l’entrée de l’artiste côté cour avant de le voir disparaître au bout d’une minute ou deux côté jardin, attendant l’entrée suivante avec une forme d’impatience.

Les spectateurs devenus mateurs par leurs allées et venues entrent dans le show par la force des choses. A la fin du spectacle on est plongés dans une atmosphère proche de celle des Mille et Une Nuits, comme peut en témoigner l’image de quelques spectateurs qui se prélassent allongés sur les coussins, ne lâchant pas du regard Trajal Harrell et ses danseurs.

Au Cloître des Célestins jusqu’au 13 juillet

Lucile JoyeuxExotisme et sensualité au Cloître des Célestins
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