Regards croisés sur « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble.

Regards croisés sur « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble.
(c) Christophe Raynaud De Lage

Regards croisés sur « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble.

On s’attendait à du grand spectacle, engagé et innovant, en écoutant Julie Bertin et Jade Herbulot, du Birgit Ensemble, parler de leur projet. Nous avions manqué les deux premiers épisodes de la tétralogie mais gagions que Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes seraient à la hauteur de nos attentes… Il n’en fut pas tout à fait ainsi…

Regards croisés

L’avis de Lucile, déçue et agacée

L’éclatement de l’ex-Yougoslavie dans les années 90 est un conflit très récent, et pourtant assez mal maîtrisé par beaucoup d’entre nous. J’avais pour ma part une dizaine d’années à l’époque. La guerre civile qui opposa les différents peuples de la République fédérale fit 100 000 victimes et 2 millions de déplacés et réfugiés. Le conflit fit rage plusieurs années, sans que l’ONU ne parvienne à mener à bien les accords de paix. Le sujet est politique, brûlant, éprouvant, surtout au vu du contexte international actuel.

Alors on attendait beaucoup.
Mais non. Les 2h25 de spectacle m’ont paru interminables !

Il ne fait aucun doute que les deux metteuses en scène se sont parfaitement documentées sur le sujet, le spectacle est très didactique : nous avons l’impression d’assister à une leçon d’Histoire sur le conflit en ex-Yougoslavie. Mais cela ne va pas au-delà. Comment envisager qu’un spectacle qui parle d’un tel conflit, de massacres de civils, d’épurations ethniques, ne puisse nous émouvoir un seul instant ? La scène figurant un massacre à Sarajevo, avec les comédiens qui tombent encore et encore, est totalement dénuée d’émotion. Les spectateurs sont nombreux à regarder leur montre.

Artistiquement, il ne se passe pas grand-chose non plus. La scénographie est assez pauvre ; quelques images vidéos pas exploitées, espace mal maitrisé, décors de carton pâte. Rien de bien exaltant ou de particulièrement esthétique.
On a le sentiment aussi que le Birgit Ensemble explore beaucoup (trop) de pistes sans les mener à terme. L’idée de faire participer le spectateur, qui doit brandir des fiches de salle de couleurs différentes pour symboliser les différents peuples de l’ex-Yougoslavie n’était pas inintéressante, mais elle s’achève brusquement, sans avoir de répercussions par la suite. C’est dommage.

La pièce fait des allers-retours entre la vie quotidienne des civils et la table des négociations. Mais il y a aussi les intermèdes, les fameux intermèdes d’Europe, la déesse, qui grimée en personnage mystique part dans des envolées lyriques risibles, à la limite du supportable (le personnage est de nouveau présent dans Dans les Ruines d’Athènes, au secours!). On a parfois envie de rire tellement c’est raté. Mais pourquoi ? A trop vouloir en faire…

A ceux qui pourraient objecter qu’il s’agit de théâtre documentaire : certes, mais est-ce que cette petite leçon vaut mieux que la lecture d’une page de manuel ? Pas sûr ! Quitte à mettre de la vidéo (quelques images de temps en temps) pourquoi ne pas exploiter des images d’archives ? Des témoignages ? Et alors pourquoi ces passage où Europe éructe ? Le théâtre documentaire doit-il forcément être froid ?

On regrette plus que tout que les souffrances des peuples soient réduites à peau de chagrin… On évoque les pénuries en passant finalement presque sous silence les purifications ethniques, les viols et les massacres barbares. Du théâtre pas si engagé, au final !

Le Birgit Ensemble est à suivre, sans conteste, mais devra travailler davantage la forme et l’émotion pour toucher les spectateurs.

L’avis de Maxime, mitigé

J’ai pour ma part été emporté par Memories of Sarajevo. A travers une approche documentaire, le Birgit Ensemble met en scène les négociations politiques entre les différents chefs d’état, et la vie d’une poignée d’habitants de Sarajevo qui tentent de survivre alors que leur ville est assiégée.

Bien que l’ensemble soit didactique et peut parfois être assimilé à un cours d’histoire, la pièce donne à voir les luttes de pouvoir entre les chefs d’État croate, serbe et bosniaque, ainsi que les tentatives diplomatiques de l’Union Européenne et de l’ONU pour mettre fin au conflit. Le processus politique qui a mené à ce conflit de plus de trois ans est très bien détaillé. J’ai eu l’impression en tant que spectateur d’être le témoin de négociations à huis clos qui n’ont jamais été rendues publiques. Toutes ces réunions politiques reconstituées mettent en lumière la lenteur des processus politiques et l’aveuglement de leurs responsables face aux massacres que subissait dans le même temps le peuple yougoslave.

La pièce nous montre en parallèle la vie des habitants de Sarajevo durant le conflit, la pénurie de nourriture et la peur d’être à tout moment abattu par un sniper ou par un tir d’obus. Il y a une alternance de scènes de vie, comme lorsque les habitants font la fête dans une cave pendant la nuit, et de témoignages face public où les personnages nous racontent leurs souffrances et leurs peurs.

Même si j’ai été très intéressé par la richesse documentaire du spectacle, je pense qu’il aurait mérité une mise en scène et une scénographie beaucoup plus abouties. En effet, la scénographie est très sommaire, ce qui surprend pour une production de cette ampleur. La mise en scène des moments de vie et des témoignages manque également de profondeur pour susciter l’émotion. Un sujet si riche aurait mérité plus d’inventivité au niveau de la forme afin de dépasser le documentaire et en faire une vraie réussite théâtrale.

A voir au Festival d’Avignon jusqu’au 15 juillet 2017

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsRegards croisés sur « Memories of Sarajevo » du Birgit Ensemble.
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« Saïgon » de Caroline Guiela Nguyen : « les histoires vietnamiennes se racontent avec des larmes »
SAÏGON - 71e Festival d'Avignon - Texte et mise en scène : Caroline GUIELA NGUYEN - Collaboration artistique : Claire CALVI - Dramaturgie : Jérémie SCHEIDLER - Manon WORMS - Traduction : Duc Duy Nguyen, Thi Thanh Thu Tô Scénographie : Alice DUCHANGE Lumière : Jérémie PAPIN Son : Antoine RICHARD Costumes : Benjamin MOREAU Avec : Caroline ARROUAS - Dan ARTUS - Adeline GUILLOT - Thi Truc Ly Huynh - Hoàng Son Lê - Phú Hau Nguyen - My Chau Nguyen Thi - Pierric PLATHIER - Thi Thanh Thu Tô - Anh Tran Nghia - Hiep Tran Nghia - Dans le cadre du 71e Festival d'Avignon - Lieu : Gymnase du Lycée Aubanel - Ville : Avignon - Le 07 07 2017 Photo: Christophe RAYNAUD DE LAGE

« Saïgon » de Caroline Guiela Nguyen : « les histoires vietnamiennes se racontent avec des larmes »

C’est l’histoire de Vietnamiens. De Vietnamiens de Saïgon exilés à Paris en 1956, qui peuvent enfin tenter un retour à Hô Chi Minh en 1996. On les appelle les Viet kieu (Vietnamiens étrangers). L’histoire de la colonisation est le point d’intersection des histoires personnelles.

Il s’agit de Mai et Hao, fiancés malheureux puisque Háo doit fuir le pays après le départ des Français, qui ont perdu la guerre.
Il s’agit de Linh et Edouard, couple formé pendant la guerre d’Indochine : le militaire ramène la jeune et naïve Linh, qui pense vivre une douce vie en France.
Il s’agit de Linh, devenue vieille, et de son fils Antoine : l’aime-t-elle ?
Il s’agit de Lam, la narratrice, et de Marie-Antoinette, la cuisinière qui traverse le temps sans vieillir, interprétée par une amateure qui tient un restaurant. Elle a perdu son fils.

Pour traverser ces temporalités et passer d’un pays à un autre, Carolina Guiela Nguyen a choisi un décor unique : un restaurant typique de Saïgon, de ceux que la diaspora vietnamienne recrée à l’identique à Paris, pour se sentir comme au pays. Les destins des personnages se croisent donc dans ce lieu clos divisé en trois espaces : cuisine, salle, karaoké. Lorsqu’à la fin les deux temporalités se rencontrent brièvement sur le plateau, leur coexistence vient troubler les frontières et créer un moment hors du temps, à la fois onirique et révélateur de sens.

Carolina Guiela Nguyen, d’origine vietnamienne, voulait que « les larmes de [sa] mère appartiennent aussi à la géographie », et pas seulement à une histoire personnelle. C’est réussi, car elle nous présente un spectacle où les destins personnels sont intimement liés à l’Histoire. Nous avons été bouleversés à plusieurs reprises en assistant aux malheurs des personnages, qui font écho à certains grands bouleversements du XXème siècle.

La candeur de certains personnages est à la fois touchante et amusante. Le jeu des comédiens est assez inégal, mais il nous a semblé qu’il s’agissait d’un parti pris, comme si les personnages devaient parfois se caricaturer eux-mêmes pour exister.

« Saïgon » est aussi une réflexion sur le déracinement et les problématiques liées à la langue. Nous avons pu remarquer que les personnages vietnamiens reviennent à leur langue maternelle dès lors qu’ils sont submergés par l’émotion, qu’il s’agisse de la colère, de l’humiliation, de la tristesse, de la peur… On pense à Linh, qui se rend compte dans sa robe de mariée que tout ce qu’Edouard avait pu lui promettre n’était qu’inventions d’un esprit tourmenté. On pense aussi à Háo, devenu Viet kieu, qui échoue dans son retour au pays, impossible pour lui de comprendre la langue des jeunes vietnamiens. Le fils de Linh, élevé en France, ne parle quant à lui pas un mot de vietnamien ; isolé face à sa propre mère dont il ne partage pas la langue…maternelle. Les chansons, qui servent souvent de transition aux chapitres, sont également un moyen pour les personnages de dépasser les barrières de la langue.

Les Départs, les Exilés, l’Absent, le Retour… Des titres de chapitres évocateurs qui révèlent les souffrances successives des hommes et des femmes ballottés par les décisions politiques.

A voir au Festival d’Avignon jusqu’au 14 juillet

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Saïgon » de Caroline Guiela Nguyen : « les histoires vietnamiennes se racontent avec des larmes »
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Festival Ecarts : les étudiants à l’honneur au théâtre de la Cité Internationale
Crédit : Denis ASSALIT

Festival Ecarts : les étudiants à l’honneur au théâtre de la Cité Internationale

Le Festival Écarts (voir notre présentation) s’est tenu du 30 mars au 1er avril 2017 au Théâtre de la Cité Internationale. Les Espaces Libres se sont vu confier la délicate mission de participer au jury blogueur, mission partagée avec Théâtre Côté Cœur.

Difficile de départager les cinq compagnies qui se sont succédé durant ces trois jours de festival. Les spectacles, scrupuleusement choisis par les organisateurs, Lucas Bouissou et Bertrand Brie, avaient tous leur singularité : entre jeu de clowns et texte ardu, écritures de plateau et expérience sensorielle, les compagnies nous ont présenté différentes formes théâtrales.

Retour sur notre expérience de jury …

Des idées et de l’audace

  • Dans Leurs Vies, la compagnie Homère & Pogona a composé un spectacle entre textes classiques et dialogues de clowns. Nous avons été touchés par leur générosité, même si le spectacle n’était pas tout à fait abouti tant au niveau de l’écriture et du jeu pour nous convaincre complètement, mais la proposition est originale !
  • « Les beaux jours d’Aranjuez » de Peter Handke, mis en scène par Gabriel Pierson, nous a divisés :

Maxime : « J’ai trouvé ce spectacle poétique grâce aux interprètes qui ont réussi à faire résonner ce texte avec justesse et conviction dans une mise en scène épurée »

Lucile : « Je suis restée en dehors, en raison du texte qui ne me parle pas, et malgré une interprétation simple et juste ».

Si le spectacle n’a pas eu la même résonance en nous, nous saluons tous deux le jeu des comédiens, en particulier celui de Garance Robert de Massy, jeune actrice  à suivre.

  • La compagnie la Faim du Soir Tard nous a présenté Mues, un spectacle déjanté, dans lequel l’écriture de plateau, quoique parfois un peu faible, parvenait à montrer un univers artistique prometteur.  Lucile a particulièrement apprécié le spectacle pour ce côté fou-fou, tandis que Maxime est resté sur la réserve. Nous suivrons les prochaines créations de cette compagnie.
  • Dans un tout autre style, la Compagnie le Quintuplex donnait à voir la vie en entreprise et ses travers avec Hyperglycémie. Nous avons trouvé cette fable sociale assez réaliste, elle parvient à dénoncer, parfois sur un ton humoristique, le mal être en entreprise, l’infantilisation et la manipulation du personnel pour toujours être plus rentable.

Si aucune compagnie n’a démérité, nous avons été particulièrement touchés par le spectacle qui a clos le Festival avec une forme hétéroclite :

  • Qu’est-ce là qui monte du désert ?, proposition de la Compagnie Le Mot Nu Ment, a remporté le prix des jurys blogueur et étudiant, et a aussi été distinguée par le jury professionnel.

Se présentant sur le papier comme une expérience olfactive, le spectacle ne se contente pourtant pas d’explorer le sens de l’odorat, mais nous propose finalement un voyage sensoriel qui tient presque de la synesthésie. Ainsi le travail sur la lumière et les couleurs est particulièrement réussi tandis que les passages chorégraphiés et chantés viennent donner du corps au propos et aux textes de Baudelaire, Ginsberg, Le Cantique des cantiques etc.

On retient la prestation de Thibaut Madani qui est particulièrement touchant au milieu de ses partenaires féminines. Au sortir du spectacle, on ne saurait expliquer exactement pourquoi on a été emportés, mais la forme singulière, sans être tout à fait originale, nous a indubitablement conduits vers un ailleurs, et on garde un souvenir très précis des tableaux. Est-ce l’odeur du café ou les couleurs de la scène finale qui nous ont fait penser à Pour que le ciel ne tombe pas de Lia Rodrigues. On leur souhaite de poursuivre leur aventure et de se produire, beaucoup. Compagnie à suivre, donc….

Les Espaces libres sont ravis d’avoir partagé cette expérience dans la bonne humeur et la simplicité ! Merci aux équipes du Théâtre et du Festival pour leur accueil, aux organisateurs Lucas Bouissou et Bertrand Brie pour leur confiance, à Christine du Théâtre Côté Cœur d’avoir supporté nos débats endiablés, et aux membres des jurys étudiant et professionnel pour les échanges fructueux. Enfin, bien sûr, merci à toutes les compagnies de nous avoir fait partager leur passion du théâtre et de nous avoir fait vivre ces beaux moments !

On se donne rendez-vous l’année prochaine !

Crédit photo : Denis ASSALIT

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsFestival Ecarts : les étudiants à l’honneur au théâtre de la Cité Internationale
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« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator
Crédit : Pierre Grosbois

« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator

Tout le monde a déjà entendu parler du Mediator, un coupe-faim prescrit en masse qui a tué plus de 500 personnes en France. Pauline Bureau a décidé de faire de ce scandale sanitaire une pièce de théâtre en nous racontant deux combats : celui que mène Irène Frachon pour faire éclater la vérité au grand jour, et celui de Claire Tabard, une malade qui symbolise toutes les autres, et qui s’acharne à vivre et à faire reconnaître son statut de victime.

La première partie nous raconte la déchéance physique de Claire, jeune femme pleine de vie qui se retrouve du jour au lendemain atteinte d’une maladie cardio-vasculaire. En entrant précisément dans son quotidien de mère et de femme, on est préparés à s’indigner de ce qu’elle devra subir devant la commission d’experts qu’on découvrira dans la deuxième partie de la pièce. Ainsi on comprend mieux pourquoi on nous inflige l’opération à cœur ouvert, ou encore les longs moments où l’on suffoque avec Claire lors de ses tests d’efforts : c’était nécessaire pour comprendre, bien comprendre ce qu’ont pu endurer les victimes et ce qu’elles continuent à endurer pour faire reconnaître leur statut. L’actrice Marie Nicolle incarne avec subtilité un personnage qui va passer de l’incompréhension et du désarroi à la colère, lorsqu’elle apprendra la véritable raison de son état. Une colère qui va lui donner la force d’affronter la machine judiciaire et d’être reconnue comme victime.

Dans ce combat Claire n’est pas seule, elle va croiser sur son chemin Hugo, un avocat incarné par Nicolas Chupin, qui va la guider et la soutenir dans les affres de la justice. Une relation de confiance se noue entre Claire et Hugo ponctuée de moments de découragement mais aussi d’humour, qui permettent au public de respirer. Claire a également une autre alliée, Irène Frachon, qui va la soutenir moralement et lui faire comprendre que le Mediator est bien la cause de ses maux.

Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, est la femme par qui le scandale a été révélé. Elle se bat aujourd’hui encore pour faire reconnaître le droit des victimes. Catherine Vinatier nous montre à la fois toute la fragilité et la force de cette femme. La scénographie accentue la solitude de son combat, plaçant Irène face à un groupe d’experts désincarnés et dont les voix jaillissent dont ne sait où.  Le choix des couleurs et la vidéo, utilisée habilement, font ressortir toute la cruauté du système, la fragilité mais aussi la force des personnages.

Mon cœur est une pièce qui nous émeut et qui nous touche de plein fouet – quelques personnes n’ont d’ailleurs pu supporter le propos et ont quitté la salle – mais qui nous séduits aussi par sa forme. Il s’agit donc d’une pièce qui laisse des traces, une sorte de témoignage esthétique d’une lutte qui se poursuit encore aujourd’hui.

A voir jusqu’au 1er avril au théâtre des Bouffes du Nord

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator
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Festival Ecarts du 30 mars au 1er avril

Festival Ecarts du 30 mars au 1er avril

Les Espaces Libres auront le plaisir de faire partie du jury blogueurs du Festival Ecarts, connu jusqu’à présent sous le nom de « Rideau Rouge ». Il s’agit d’un festival qui donne un coup de pouce aux compagnies étudiantes en leur permettant d’être programmées dans un théâtre de renom. Les cinq compagnies sélectionnées cette année seront accueillies au Théâtre de la Cité Internationale.

La programmation :

  • Compagnie Homère & Pogona – Leurs vies, jeudi 30 mars à 20h30.

Deux clowns et deux comédiens se répondent, les uns à travers les mots d’auteurs classiques les autres improvisent et les quatre nous parlent de la vie et de ses mystères.

  • Gabriel Pierson – Les Beaux Jours d’Aranjuez, un texte de Peter Handke vendredi 31 mars à 19h.

Un plateau avec juste une table, l’homme, la femme et une pomme, probablement un tableau, image de peinture qui nous hante et que déforment autant qu’actualisent les récits des deux personnages.

  • Compagnie la Faim du Soir Tard – Mues – vendredi 31 mars à 21h.

Un espace pour le non-sens. Un espace pour des personnages qui auraient raté́ leur casting dans une histoire raisonnable. Un espace pour l’ « à-côté » à découvrir.

  • Compagnie le Quintuplex – Hyperglycémie – samedi 1er avril à 18h.

La relaxation, la chorale, le team-bulding, la danse improvisée font leur entrée dans l’entreprise, bouleversant la vie de ses employé-e-s.

  • Compagnie le Mot Nu Ment – Qu’est-ce là qui monte du désert?  

De l’odeur du doudou à celle de l’être aimé, l’odorat est peut-être le plus intime des 5 cinq sens.

Pour réserver et découvrir ces jeunes compagnies, c’est par ici : https://t.co/PaQvIHFDQ3

Rendez-vous jeudi 30 mars pour un premier retour à chaud des Espaces Libres.

Maxime & Lucile

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsFestival Ecarts du 30 mars au 1er avril
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Fau(x) semblants au Névrotik-Hôtel
Crédits : Lucile Joyeux

Fau(x) semblants au Névrotik-Hôtel

Fau sans blanc manteau, Fau s’en blanchit les narines… enfin… pas Fau mais Lady Margarine, dans ce décor névrose bonbon qui pique un peu.

Oui, on vous le concède, on ne s’est pas encore remis de notre réveillon du Nouvel An, et c’est avec Michel Fau que nous avons choisi de reprendre du service ! Nos jeux de mots sont cependant moins réussis que ceux de Christian Siméon, qui signe les dialogues du spectacle.

Celui-ci avait en effet drôlement commencé, avec l’entrée en scène de Michel Fau travesti en Lady Margareth, qui nous a bien fait marrer avant de (dé)chanter. Son personnage de dame bourgeoise qui a le verbe haut et ne mâche pas ses mots ne manque pas de mordant.

Rapidement nous allons faire la connaissance de son boy, alias Antoine, Akul ou le groom, qui vient compléter le duo de joyeux lurons : une grande blonde costaude avec un petit trapu brun, ça fait toujours son effet. On pense forcément, tenue oblige, à Zéro Moustafa du Grand Budapest Hôtel, bien qu’Antoine Kahan soit plus séduisant.

Crédits : Lucile Joyeux

Crédits : Lucile Joyeux

Les jeux de mots fusent, les chants tonnent sous les airs d’accordéon, les passages des romans de Duras scellent l’ensemble, la salle rit à gorge déployée. Malheureusement, nous nous lassons du spectacle à mi-parcours, car la magie entre les deux personnages n’opère plus. Les chansons s’enchaînent et nous on regarde le temps passer. Notre regard s’arrête parfois sur le magnifique costume rose bonbon du groom ou encore sur le décor tout droit sorti d’Alice au pays des Merveilles. Notre oreille, quant à elle, se tend vers un bon mot particulièrement bien senti ou se laisse emporter par le trio de musiciens qui avec piano, accordéon et violoncelle donne le La de cette comédie chantée.

Malgré cela, nous avons eu des difficultés à rester concentrés et espérions dans le silence de nos fauteuils une fin rapide. Pourtant nous avions envie de rire comme le faisait la salle, de nous laisser porter, mais il y a parfois des rendez-vous manqués, il faut l’accepter. Nous reviendrons voir Michel, pour tenter un autre voyage dans les méandres des faux semblants.

Jusqu’au 8 janvier au théâtre des Bouffes du Nord. 

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsFau(x) semblants au Névrotik-Hôtel
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Lia Rodrigues implore le ciel au 104
Crédit photo : Sammi Landweer

Lia Rodrigues implore le ciel au 104

Para que o céu nao caia [Pour que le ciel ne tombe pas], la nouvelle création de la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues présentée au 104 pour le Festival d’Automne, nous plonge dans un univers tribal où les corps deviennent les porte-voix de populations délaissées.

Lorsqu’on entre dans la salle du 104, rien sur le plateau, ni décor ni accessoires, seulement une puissante odeur de café qui éveille notre curiosité et nos sens. Notre serviette à la main (parce qu’on nous distribue énigmatiquement ce bout de chiffon), on se demande sur lequel des quatre côtés s’asseoir, mais on sait que ce sera à même le sol. Cependant, lorsque les danseurs font leur apparition, c’est pour mieux nous demander de nous déplacer, brisant ainsi le cercle que nous avions naturellement formé. Tout au long du spectacle nous serons ainsi guidés par les sept performeurs, happés, repoussés, frôlés, regardés longuement même. De quoi mettre mal à l’aise parfois, avant de nous emporter de nouveau.

Les performeurs s’enduisent tout d’abord de café, puis d’autres substances de différentes couleurs, qui les métamorphosent en personnages fantasmagoriques, repoussants ou intrigants, c’est selon. Ainsi grimés, ils traversent la marée composée des spectateurs agglomérés au sol, et viennent nous observer de très près. Les danseurs s’approchent de très près, nous scrutent, nous touchent même, puis repartent. L’effet produit sur les spectateurs est très varié. Certains n’osent pas regarder le personnage qui leur fait face et détournent la tête, d’autres laissent échapper de petits rires nerveux, et d’autres encore les fixent avec le plus grand sérieux. Cette expérience n’atteint pas de la même manière :

Maxime : J’ai perçu une véritable frontière entre le danseur et moi, comme si on ne pouvait pas se comprendre parce qu’on ne partageait pas le même langage.
Lucile : J’ai au contraire eu l’impression d’entrer en communion avec le danseur grâce à notre échange de regard, comme si la frontière performeur/spectateur n’existait plus. C’était à la fois agréable et déroutant. 

L’expérience était en tout cas troublante pour nous deux, comme pour les autres spectateurs.

©LJoyeux

La seconde partie du spectacle est « dansée » au sens traditionnel du terme. Les danseurs investissent le plateau entier, reformant le dispositif quadri-frontal. La chorégraphie évoque un rituel. Une grande violence à la limite de la rage se dégage de leurs mouvements. Il faut dire que Lia Rodrigues s’est inspirée de l’histoire tragique de la tribu indienne Yanomani, ainsi que de celle des habitants de la favela de Maré au Nord de Rio, qu’elle a rencontrés. Elle met en mouvement ses danseurs et nous confronte directement à la réalité de ces populations. Leurs gestes mais aussi leurs cris expriment une souffrance profonde. Lorsqu’ils se tiennent par les épaules, c’est pour mieux faire front et rester unis face au monde extérieur que le public représente. Ils semblent vouloir extérioriser leur rage et leur détresse, qu’ils nous communiquent tout autant que leur espoir.

Quand la lumière se rallume les danseurs ont quitté le plateau, il ne reste que la poudre au sol et les traces de pas pour nous prouver que tout cela était bien réel.

 

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsLia Rodrigues implore le ciel au 104
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Michalik fait mouche avec Edmond

Michalik fait mouche avec Edmond

Après le succès bien mérité du Porteur d’histoire et du Cercle des Illusionnistes, la nouvelle création d’Alexis Michalik, Edmond, était très attendue. C’est avec enthousiasme, bienveillance mais aussi avec beaucoup d’attentes que je me suis rendue au Théâtre du Palais Royal pour vivre deux heures que j’espérais aussi jouissives que les précédentes.

Lorsque j’ai su qu’Alexis Michalik montait sa nouvelle pièce en septembre, j’étais évidemment enthousiaste, mais quand j’ai appris que c’était pour mettre en scène l’histoire de la création de Cyrano de Bergerac, qui est ma pièce préférée, j’étais presque déjà conquise. Cependant on attend souvent beaucoup d’un auteur ou d’un metteur en scène qui nous a séduits, ce qui peut conduire à quelques déceptions, mais ce ne fut heureusement pas le cas !

Durant deux heures de pur théâtre – de théâtre populaire au bon sens du terme qui use des planches et des décors avec simplicité mais de manière toujours surprenante, Michalik et sa troupe parviennent à nous embarquer dans une autre époque. Mêlant comme à son habitude fiction et éléments historiques, il nous fait vivre la création de Cyrano de Bergerac à travers son auteur, Edmond Rostand.

Tout comme Rostand s’était inspiré de personnages historiques pour créer sa pièce, Michalik s’inspire des grands noms de la fin du XIXème siècle pour créer la sienne : sont ainsi convoqués Sarah Bernhardt, Feydeau, Courteline, Coquelin, et… plus surprenant, des mafieux corses, tout droit sortis, ceux-là, de notre monde contemporain ! Tout comme Rostand avait fait des emprunts à l’œuvre de Savinien de Cyrano de Bergerac (le passage sur le voyage dans la lune par exemple), Michalik fait entendre le texte de celui qui l’inspire. Bref, c’est un théâtre dans le théâtre sur le théâtre auquel on assiste, de vraies poupées russes.

Certes, Alexis Michalik a pris quelques libertés avec la biographie d’Edmond Rostand. Par exemple, il n’était pas qu’auteur de « fours » comme on nous le fait croire, et connaissait déjà un certain succès avant Cyrano, l’une de ses pièces avait même été jouée à la Comédie-Française et couronnée par l’Académie Française. Passé sous silence aussi, le fait que sa femme était poétesse et comédienne, et pas seulement la mère de ses enfants, même s’il est vrai qu’elle publiera surtout après 1900. Mais qu’importe ! Edmond n’est pas un cours de littérature française, bien qu’on en apprenne beaucoup sur la façon de déclamer les alexandrins au théâtre à cette époque !

Les douze comédiens de la Michalik’s team (une gageure d’avoir autant de comédiens sur scène dans le théâtre privé) sont comme d’habitude très justes, changeant de rôle avec aisance. Pierre Forest, qui incarne Coquelin, devient véritablement Cyrano lorsqu’il joue la pièce. Guillaume Sentou nous donne à voir un auteur timide, passionné et de génie. Les rôles secondaires sont attachants.

Le texte nous faire revivre Cyrano sans le plagier, redonnant naissance aux moments les plus emblématiques de la pièce.  Ainsi l’histoire d’Edmond et de ses mésaventures nous fait rire, mais on pleure aussi devant Cyrano mourant.

Bref… une pièce réussie, et un auteur – metteur en scène en lice pour un autre Molière ?

Jusqu’au 31 mars 2017 au théâtre du Palais Royal.

 

Lucile JoyeuxMichalik fait mouche avec Edmond
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Une « Traviata » réinventée au théâtre des Bouffes du Nord
Photo : pascalvictor_artcomart

Une « Traviata » réinventée au théâtre des Bouffes du Nord

Judith Chemla revient au théâtre des Bouffes du Nord pour incarner Violetta dans une mise en scène de Benjamin Lazar, qui s’inspire à la fois de La Traviata de Giuseppe Verdi mais aussi du roman et de la pièce de théâtre d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux Camélias. Un spectacle qui mêle chant lyrique et théâtre, et qui abolit la frontière entre musiciens et comédiens.

C’est dans une atmosphère brumeuse que le public prend place devant un plateau recouvert d’un voile blanc qui donne immédiatement le ton : la scénographie met en valeur le lieu tout en créant un espace différent. La scène révèle une esthétique à la fois onirique, raffinée, et ancrée dans le réel. Les éléments de décor ont différentes fonctions au fil du spectacle, à l’instar de ce voile qui sert d’aire de jeu aux comédiens, ou à délimiter l’espace puis à symboliser le jour qui se lève.

C’est au cours d’une fête très branchée que la courtisane Violetta fait son apparition au milieu de ses amis, dans une robe de soirée verte tranchant avec le rouge du fond de scène, et assez vaporeuse pour laisser entrevoir ses courbes. Malgré les rires et la joie de vivre apparente, sa pâleur et ses cernes laissent déjà présager l’issue finale. Judith Chemla, qui a également participé à la conception du spectacle, incarne ce personnage tout en subtilité ; sa joie teintée de mélancolie laisse progressivement place à un désespoir qu’elle porte littéralement dans son corps et sur son visage. Elle EST Violetta. En face, Damien Bigourdan joue un Alfredo profond et sensible. Le duo fonctionne sur scène, la voix puissante de l’amoureux s’harmonise avec celle, pure et fragile, de Violetta. Le public croit en ce couple et en leur passion dévorante, on est touchés par leur histoire.

Quant aux musiciens, ils sont aussi les comédiens de ce drame, et évoluent sur le plateau sans distinction avec les autres interprètes. Ils ont tous un rôle dans la pièce et vivent à l’unisson les tourments de Violetta et d’Alfredo. Ils jouent leur musique sans partition ni chef d’orchestre, tout en se déplaçant sur scène, une véritable performance ! La violoniste Marie Salvat est particulièrement remarquable et on la sent vivre dans sa chaire les malheurs des deux amants, qu’elle retranscrit aussi grâce à son instrument.

Florent Hubert et Paul Escobar, à la direction musicale, ont su trouver l’équilibre entre le livret original, la réécriture et les ajouts, créant ainsi un nouvel opéra ne dénaturant pourtant pas l’original. La partition, écrite pour un orchestre, est ici interprétée par seulement huit instruments, dont un accordéon, choix audacieux. Les « tubes » de La Traviata, tels que « Brindisi » ou le chœur des bohémiennes sont ainsi déformés, malmenés par les arrangements, pour leur donner une couleur plus sombre ou plus triviale.

Le caractère hybride du spectacle, qui avec un naturel remarquable mêle chant lyrique et passages parlés, histoire de Violetta et interludes humoristiques, tient en haleine le spectateur. Ce dernier passe d’une émotion à une autre. On pleure avec Violetta lorsqu’elle doit renoncer à son amour pour Alfredo sous la pression du père, et on rit lors des interludes humoristiques au cours desquels le médecin relate par exemple quelques anecdotes relatives à sa profession.

La tragédie vécue par les deux amants n’a jamais paru aussi intense et vraie que dans cette adaptation intelligente. Benjamin Lazar, Florent Hubert et Paul Escobar nous font redécouvrir l’opéra de Verdi en allant au-delà de la partition et du livret, et réussissent à le rendre profondément actuel : on ne pouvait rêver plus bel hommage.

Jusqu’au 15 octobre au théâtre des Bouffes du Nord

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsUne « Traviata » réinventée au théâtre des Bouffes du Nord
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« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque
Photo : Paola Evelina

« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque

Un Poyo Rojo est un spectacle qui donne le sourire ! Entre virtuosité et burlesque, les deux danseurs mis en scène par Hermes Gaido vont se lancer des défis physiques jusqu’à devenir plus que de simples rivaux, tout cela avec l’aide d’un poste de radio qui réserve chaque soir de nouvelles surprises.

Dès l’entrée en salle Tardieu, le public est mis dans l’ambiance (salsa !) car la musique résonne à plein volume, pendant qu’Alfonso Barón et Luciano Rosso s’échauffent durant de longues minutes. Lorsque le spectacle commence enfin, le plateau est au contraire plongé dans le silence, ce qui crée un contraste tout d’abord perturbant. C’est sans doute pour mieux faire entendre la respiration des deux sportifs dont la performance parait à la fois très physique (la sueur qui ruisselle atteint les premiers rangs) et facile (les sauts sont aériens, les réceptions silencieuses).  Les deux hommes se trouvent en effet dans un vestiaire et se lancent dans une battle à coups de regards provocateurs : il faut dire que « un poyo rojo » se traduit par « un coq rouge ». Si Luciano Rosso mime bel et bien l’animal à différentes reprises, c’est surtout au sens figuré que l’on peut comprendre ce titre. Ce sont des défis de virtuosité qui s’enchainent, non sans humour. On admire les corps souples et les numéros qui frôlent parfois le burlesque. Lorsqu’est allumé le poste de radio, troisième personnage de ce spectacle, une place est donnée à l’improvisation puisque les interprètes doivent s’adapter à la musique et aux émissions qui sont diffusées en direct. Quelle ne fut pas la surprise d’Alfonso Baron lorsqu’au hasard des fréquences retentit le nom du théâtre du Rond-Point ! Un léger fou rire gagnera l’interprète ainsi que la salle.

De ce combat de coqs se dégage une sensualité voire même une tension sexuelle, car on sent derrière la violence apparente les désirs de l’un et de l’autre. Quand l’un se rapproche, l’autre s’éloigne, comme dans un jeu amoureux où personne ne veut céder devant l’autre. Mais c’est avant tout la générosité des deux interprètes que l’on retiendra de ce spectacle : Luciano Rosso nous accorde même un petit bonus à la fin de la représentation. Distrayant et drôle, Un Poyo Rojo est à ne pas manquer si vous voulez vous évader une heure durant !

Jusqu’au 8 octobre au théâtre du Rond-Point

Lucile Joyeux« Un Poyo Rojo », un show virtuose et burlesque
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