Un Dom Juan déjanté et baroque au théâtre de l’Odéon

Un Dom Juan déjanté et baroque au théâtre de l’Odéon
Photo : Jean-Louis Fernandez

Un Dom Juan déjanté et baroque au théâtre de l’Odéon

Après sa création au TNB de Rennes en mars dernier, le Dom Juan déjanté et baroque de Jean-François Sivadier s’installe au théâtre de l’Odéon. Porté par un duo tonitruant, cette mise en scène populaire et inventive réussit à nous emporter pendant plus de deux heures au gré des aventures de Dom Juan et de son fidèle valet.

Jean-François Sivadier met en scène le classique de Molière en créant une véritable machine infernale. La scénographie de Daniel Jeanneteau est un bric-à-brac géant mêlant des boules à facette avec des luminaires design, des planches de bois volantes et des astres évoquant La Vie de Galilée. Au fur et à mesure, cette machine s’anime au rythme des mensonges et des coups de folie du métronome Dom Juan. La scénographie reflète le côté foutraque et imprévisible de ce dernier, tout comme la mise en scène, qui transforme en véritable numéro de clowns l’affrontement entre Dom Juan et Pierrot, avec chutes gaguesques et cymbales.

Dans cet imbroglio, le duo Dom Juan et Sganarelle porte le spectacle, leur relation riche et complexe apporte une dimension sensible dans le tumulte apparent. Nicolas Bouchaud incarne un Dom Juan joueur et désinvolte, qui n’hésite pas à improviser avec le public féminin pendant plusieurs minutes avant d’interpeller Sganarelle et de revenir à son histoire. Ça n’est pas un Dom Juan flamboyant que nous propose Nicolas Bouchaud, mais un Dom Juan libéré du regard des autres, parfois ringard voire beauf, cherchant seulement la satisfaction permanente, peu importe l’image qu’il renvoie. Vincent Guédon est quant à lui un Sganarelle drôle et sensible, outré par les mensonges répétés de son maître, tiraillé entre son sens du devoir et sa morale, qu’il refrène sans cesse. Mention spéciale pour Lucie Valon qui incarne (entre autres) La Violette avec une fantaisie réjouissante, tandis que l’interprétation de Marie Vialle nous a déçus : son Elvire semblait hystérique et dénuée de sensibilité, ce qui ne correspond pas à l’image du personnage de Molière.

Jean-François Sivadier donne de la matière à ses comédiens avec l’insertion de courts extraits musicaux ou littéraires, qui auraient pu dynamiser la pièce davantage. En effet, lorsque Sganarelle au bord de la rupture interprète la chanson de Brassens Les Passantes, on est touchés. Et quand Dom Juan se transforme en crooner de seconde zone en nous chantant Sexual Healing de Marvin Gaye, la salle rit et en redemande. Cependant d’autres insertions fonctionnent moins bien comme la lecture de l’extrait de La philosophie dans le boudoir du Marquis de Sade : si on comprend le parallèle entre Sade et Dom Juan, on peine à saisir l’intérêt de cette pause.

Globalement c’est une véritable liberté qui se dégage du plateau, les comédiens circulent dans la salle, interpellent le public et malgré les quelques longueurs, Jean-François Sivadier nous propose un théâtre populaire et inventif qui fait plaisir à voir dans les programmations des théâtres publics français.

Jusqu’au 4 novembre 2016 au théâtre de l’Odéon

Maxime Pauwels et Lucile JoyeuxUn Dom Juan déjanté et baroque au théâtre de l’Odéon

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