« Les Barbelés » : un cri de douleur d’Annick Lefebvre

« Les Barbelés » : un cri de douleur d’Annick Lefebvre
Photo © Simon Gosselin

« Les Barbelés » : un cri de douleur d’Annick Lefebvre

Annick Lefebvre présente à La Colline sa nouvelle création Les Barbelés, interprétée par Marie-Ève Milot et mise en scène par Alexia Bürger. Un seul en scène où le spectateur assiste aux derniers mots d’une jeune femme avant que les barbelés ne lui coupent définitivement la parole.

Chacun d’entre nous naît avec des germes de barbelés dans le corps. Chaque souffrance, chaque autocensure fait pousser d’une fraction de millimètres ces barbelés. Tel est le point de départ de la pièce d’Annick Lefebvre. Face à nous, une jeune femme qui n’a plus qu’une heure à vivre avant que les barbelés n’atteignent sa bouche et la fassent taire à jamais. Le public assiste à ses dernières paroles, à un cri ininterrompu par lequel le personnage revient sur sa vie, ses blessures et se demande ce qui lui arrive.

Marie-Ève Milot interprète avec finesse et sensibilité ce personnage au bord de la rupture, qui oscille entre détresse et résignation. Durant toute la pièce, elle se tient debout dans une cuisine qui semble arrachée au reste de l’appartement, un décor du quotidien qui devient soudain le théâtre d’un dernier sursaut de vie, d’une volonté de prendre la parole pour peut-être inverser le cours des choses.

La logorrhée de la jeune femme contraste avec le silence qu’elle s’est imposée pendant toute sa vie. On comprend au fur et à mesure de l’avancée du spectacle toutes les fois où elle s’est empêchée de parler, où elle a accepté de se taire. La tension monte petit à petit dans la salle. J’ai été interloqué au départ par la rapidité de son récit et par le québécois qui n’est pas toujours facile à comprendre. Mais je me suis laissé happer par le spectacle et la force de son récit. Son monologue est un long decrescendo, son débit ralentit petit à petit tandis que son histoire devient de plus en plus grave. La fin approche et elle interpelle directement le public. Elle nous prend à témoin. Elle plante ses yeux dans les nôtres et nous dit : « Vous allez voir quelqu’un mourir ce soir ». Ces dernières paroles résonnent dans le théâtre.

Les barbelés finissent par avoir raison d’elle et le spectacle se termine sur une fin sanglante qui laisse les spectateurs sonnés. Heureusement, la comédienne revient saluer, souriante mais avec une émotion palpable. On ressort de la salle avec l’envie de s’exprimer pour ne pas subir le même sort.

A voir jusqu’au 2 décembre au théâtre de La Colline

Maxime Pauwels« Les Barbelés » : un cri de douleur d’Annick Lefebvre
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« Zig Zig » de Laila Soliman : un procès qui manque de vie
@ Ruud Gielens

« Zig Zig » de Laila Soliman : un procès qui manque de vie

Intrigués par l’histoire des femmes égyptiennes violées par des soldats britanniques il y a près de cent ans, nous nous sommes rendus au Nouveau Théâtre de Montreuil pour découvrir le spectacle de Laila Soliman, « Zig Zig ». Un spectacle documentaire qui nous a malheureusement déçus tant la proposition scénique classique et sans surprise n’est pas au niveau du sujet traité.

En lisant la présentation du spectacle dans le programme du Festival d’Automne, nous avions trouvé le sujet atypique et engagé, et avions hâte de découvrir l’adaptation théâtrale d’un procès pour viols qui a eu lieu à la fin de la Première Guerre mondiale. Mais nous avons finalement été déçus du résultat.

Laila Soliman a exhumé dans les archives du Foreign Office de Londres la transcription officielle du procès de 1919 regroupant témoignages de victimes, interrogatoires et comptes rendus de séance. Un matériau précieux qui est desservi par une mise en scène et une scénographie transparentes. Chacune des quatre interprètes tentent de rendre la parole aux victimes en ressuscitant leurs témoignages ainsi que les interrogatoires, tout en faisant part de leurs réflexions sur cette tragédie. Mais tout cela va trop vite, et à trop vouloir montrer la dureté des magistrats, le spectateur assiste désabusé à un objet scénique froid. A côté des quatre interprètes alignées et de la violoniste, des documents originaux sont projetés sur un écran. Les quelques chants égyptiens qui retentissent pour briser la monotonie et la froideur de la mise en scène ne sont pas assez puissants pour permettre de donner vie au spectacle. La mise en scène laisse penser que Laila Soliman imaginait que la force des témoignages allait permettre à elle seule de nourrir le spectacle. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, et les quelques tentatives pour occuper l’espace (passages chorégraphiés) n’ont rien arrangé.

Même la musique composée pour le spectacle et interprétée sur scène par une violoniste ne permet pas de rythmer ou de faire résonner les témoignages. L’ennui et la monotonie ont gagné la salle ce que l’on déplore d’autant plus que l’histoire de ce petit village égyptien méritait d’être portée à la scène.

À voir au Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 21 octobre.

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Zig Zig » de Laila Soliman : un procès qui manque de vie
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« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution
Credit photo : Richy Wong

« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution

Le spectacle documentaire « Red » du Living Dance Studio chorégraphié par Wen Hui tente de sonder les mémoires et de faire parler les corps.

Le sujet central du spectacle est un ballet, « Le détachement féminin rouge », pensé comme un instrument de propagande durant la Révolution culturelle de Mao Zedong. Wen Hui interroge plusieurs générations de Chinois qui ont tous été marqués à différents niveaux par ce ballet. Malgré la sincérité des interprètes et la richesse du sujet, le spectacle peine à dépasser le stade du simple documentaire. La scénographie très épurée se résume à deux chaises positionnées de chaque côté de la scène, un rideau rouge puis un écran en fond de scène (un classique) qui permet de projeter les témoignages et les images d’archive du ballet. Des témoignages brefs et peu étoffés d’anciens danseurs du ballet ou de témoins de la révolution qui constituent une part trop importante du spectacle par rapport à la prestation des quatre interprètes sur scène. Un livre ouvert projeté en vidéo dévoile des images d’archives, une belle illustration du manque d’inventivité de la scénographie.

Dans le même temps, à l’avant-scène, nos quatre interprètes réalisent des mouvements et témoignent elles aussi de la manière dont elles ont vécu la révolution culturelle. Liu Zhuying a elle-même dansé dans le ballet au moment de la révolution. Son témoignage est touchant et je me suis demandé pourquoi il n’était pas plus exploité, pourquoi il était coupé par des interventions vidéos peu convaincantes. La jeune danseuse Jiang Fan est elle-aussi très talentueuse et son premier solo m’a « réveillé ». Ces moments, trop rares dans la pièce, racontent comment le corps a été utilisé pour magnifier la révolution. Lorsque les interprètes analysent les mouvements du ballet, quand elles expliquent que seuls les grands et les beaux danseurs pouvaient interpréter les héros, on comprend les mécanismes de la manipulation et le spectacle devient intéressant. Malheureusement, le fond est simplement esquissé, le spectacle reste le plus souvent en surface et j’ai souvent trouvé le temps long.

Je suis même ressorti de la salle en colère de voir un spectacle si peu abouti programmé dans un grand théâtre parisien. Les quelques beaux moments n’ont pas suffi à sauver la pièce et j’aurais certainement été mieux informé et peut-être plus touché par un documentaire diffusé sur Arte. J’attends un peu plus d’un « spectacle vivant ».

A voir au théâtre des Abbesses

Maxime Pauwels« Red » de Wen Hui : des corps marqués par la Révolution
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« La pitié dangereuse » de Stefan Zweig adaptée par Simon McBurney : un bijou de précision
Crédit photo : Gianmarco Bresadola

« La pitié dangereuse » de Stefan Zweig adaptée par Simon McBurney : un bijou de précision

Notre Festival d’Automne commence fort avec la grande adaptation théâtrale du roman de Stefan Zweig, La Pitié Dangereuse, mise en scène par Simon McBurney et magnifiquement interprétée par la troupe de la Schaubühne au théâtre des Gémeaux.

Pendant plus de deux heures, je n’ai pu détourner une seule fois le regard de la scène tant le rythme effréné de la pièce m’a emporté. Du début à la fin, j’ai été littéralement happé par l’histoire de ce jeune homme qui se retrouve pris au piège de sa faiblesse envers Edith. Le roman de Zweig, qui nous plonge dans les souvenirs du lieutenant Anton Hofmiller, est adapté à la scène dans une version chorale interprétée par sept comédiens. Laurenz Laufenberg incarne le lieutenant jeune, donnant vie aux souvenirs du personnage, tandis que Christoph Gawenda interprète le lieutenant-narrateur qui commente et analyse ses actions passées. Comme dans le théâtre Nô, il y a parfois une séparation entre le corps physique et la voix de certains personnages. Ce choix de mise en scène renforce l’aspect choral et symbolise les liens qui unissent l’ensemble des personnages. Ils sont tous conscients du drame qui est en train de se jouer mais aucun d’entre eux ne peut y mettre fin.

Crédit photo : Gianmarco Bresadola

Crédit photo : Gianmarco Bresadola

Simon McBurney parvient à établir un subtil équilibre entre les passages narratifs plus réflexifs et les scènes de vie jouées sous nos yeux par les comédiens. Un équilibre qui permet aux spectateurs de ressentir la tension et la complexité des situations vécues par les personnages. La richesse de la mise en scène est sublimée par la maîtrise et le jeu millimétré de la troupe de la Schaubühne. Les comédiens parviennent à nous faire ressentir toute la puissance de l’implacable piège qui se referme sur le lieutenant à mesure qu’il s’engage envers Edith et sa famille.

La scénographie n’est pas en reste et contribue également à la réussite de la pièce. Assez minimaliste, elle est composée de petits espaces qui correspondent à chaque personnage, venant ainsi renforcer leur isolement. L’écran vidéo en fond de scène est utilisé pour prolonger le décor ou diffuser des images d’archive. L’ensemble laisse la part belle à l’imagination et j’ai souvent pu imaginer les lieux et les décors des différentes scènes qui se jouaient sous nos yeux.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été si impressionné et happé par une pièce de théâtre. Cette « Pitié Dangeureuse » est une grande réussite théâtrale qui retranscrit toute la force de l’écriture de Zweig et nous fait réfléchir sur le sentiment de pitié et ses conséquences dévastatrices.

Á voir au TNP de Villeurbanne du 23 au 30 mars 2018

Maxime Pauwels« La pitié dangereuse » de Stefan Zweig adaptée par Simon McBurney : un bijou de précision
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« La Nostalgie des Blattes » au théâtre du Rond-Point

« La Nostalgie des Blattes » au théâtre du Rond-Point

C’est l’histoire de deux vieilles qui n’ont pas dit leur dernier mot. Deux vieilles, interprétées par Catherine Hiegel et Tania Torrens, qui s’exposent dans un musée en attendant un visiteur comme on attend Godot. Dans le monde imaginé par Pierre Notte, il n’y a plus de moucherons, de fromages, de rides, de poches sous les yeux, tout est artificiel et aseptisé. Les deux rescapées trouvent le temps long et finissent même par avoir « la nostalgie des blattes ».

Tout a commencé dans un couloir de la Comédie Française où Catherine Hiegel et Tania Torrens soumirent à Pierre Notte l’idée d’une pièce qui raconterait l’histoire de deux vieilles femmes. Dix ans plus tard, Pierre Notte écrit pour elles la Nostalgie des blattes. Deux femmes que tout oppose sont obligées de s’asseoir côte à côte dans un musée en attendant désespérément un visiteur qui ne vient pas. Cette cohabitation se traduit rapidement par des engueulades savoureuses entre l’une, résignée, et l’autre qui ne l’est pas encore. On sent dès les premières minutes que les comédiennes prennent du plaisir à jouer, et leur énergie est communicative : la salle rit de bon cœur. On suit avec attention l’évolution de la relation qui se noue entre les deux femmes. Peu à peu une complicité naît qui va les pousser à se rebeller face à la brigade sanitaire. Cette dernière est symbolisée par une bande son simulant des attaques de drones. La menace incarnée par les drones est d’ailleurs le seul élément tangible illustrant le monde imaginé par Pierre Notte. Ce qui m’a donné parfois l’impression que le monde fantastique constituait plus une simple toile de fond qu’un véritable enjeu narratif. On pourrait presque imaginer la même pièce de théâtre avec deux vieilles voisines de palier qui noueraient une relation après une dispute à la sortie d’une réunion de copropriétaires. En effet, ce qui est particulièrement intéressant dans la pièce, c’est de la façon dont elles assument leur âge mais aussi comment elles vont apprendre à vivre ensemble malgré leur caractère opposé. On aime aussi lorsqu’elles s’envoient des vacheries et quand elles se lancent dans des numéros de clowns. Mais malgré leur talent, cela ne suffit pas à faire une grande pièce de théâtre. L’écriture manque d’épaisseur, de densité, l’intrigue n’est pas assez développée pour nous emporter réellement mais on sort tout de même de la salle avec le sourire.

A voir au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 8 octobre

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« La Nostalgie des Blattes » au théâtre du Rond-Point
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« A la maison » : un spectacle sincère et touchant

« A la maison » : un spectacle sincère et touchant

Hier matin nous avons rendu visite à Lucienne, qui nous a accueillis durant une petite heure « à la maison ». Dans la salle intimiste des Ateliers d’Amphoux, nous avons en effet eu l’impression de pénétrer dans le quotidien de Lucienne et d’être ses invités, ses confidents.

La comédienne Denise Aron-Schröpfer, seule en scène, réussit à établir dès les premières minutes une relation particulière avec le public. Son regard et son sourire nous attendrissent tandis que la mise en scène de Cédrick Lanoë crée une intimité certaine et nécessaire.

Lucienne nous raconte sur le ton de la confidence son quotidien dans LA maison, celle où l’on vit lorsque les années ont passé et que l’on ne peut plus s’occuper seul de soi. Elle y évoque ses relations avec les autres résidents et les infirmières, raconte les petits bonheurs du quotidien, mais aussi les peines et les colères. Et cela sonne juste. C’est que le texte d’Alain Lahaye a été nourri des témoignages recueillis auprès des pensionnaires d’une maison de retraite.

On ne tombe pas pour autant dans le pathos ou la facilité, ce qui aurait pu être l’écueil d’un tel sujet. Nous ressentons la fragilité de ce personnage, certes, mais c’est aussi une femme indépendante, que la bibliophagie, les anciens amours et le goût pour la musique continuent à animer. Et l’humour aussi. Ces passages humoristiques, bien qu’un peu moins justes au niveau de l’interprétation, permettent d’apporter de la légèreté au propos et de renforcer la connivence avec le spectateur qu’elle appelle finalement à s’enivrer, citant Baudelaire : « De vin, de poésie, de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous ! ».

Son histoire vous touchera forcément, car on est tous, de près ou de loin, confrontés à la vieillesse et à la beauté des souvenirs. C’est un sujet nécessaire, social et engagé. Nous ressortons du spectacle émus mais avec l’envie de faire plaisir à Lucienne et de continuer à nous enivrer… avec un autre spectacle du Festival par exemple ?

A voir aux ateliers d’Amphoux (Festival d’Avignon OFF) jusqu’au 30 juillet 

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« Jeux de planches » : deux comédiennes prêtes à tout pour monter sur les planches

« Jeux de planches » : deux comédiennes prêtes à tout pour monter sur les planches

Une fois n’est pas coutume, on s’est laissé convaincre par un tract et la bonne humeur de Sophie Imbeaux. Le lendemain 11H45, on arrive au théâtre des Brunes pour confirmer l’impression ressentie dans la rue et découvrir Jeux de planches.

Sophie Imbeaux et Alexandra Desloires nous présentent dans Jeux de Planches les malheurs de deux comédiennes qui tentent de percer coûte que coûte dans le milieu : faut-il avoir des connaissances ? Tout accepter en espérant obtenir un rôle, même si c’est dans une pub pour dentifrice ? Il faut savoir chanter, danser, glousser, et tout cela dans la bonne humeur, évidemment.

Les deux jeunes comédiennes sont attachantes, et emportent l’adhésion du public, surtout dans les passages comiques, qui sont souvent réussis.

On devine le vécu derrière les anecdotes, les moments de galère pour obtenir des rôles, et on est touchés de les voir prendre autant de plaisir sur scène. On passe un très bon moment malgré quelques longueurs lors de certains sketchs parfois répétitifs, même si elles mettent à chaque fois une énergie et un engagement remarquables.

Bref, si vous avez envie de passer un bon moment de théâtre en compagnie de deux comédiennes passionnées et enthousiastes, allez voir Jeux de planches au théâtre des Brunes à 11h45 jusqu’au 30 juillet.

Si vous hésitez encore à franchir le pas, vous pouvez toujours avoir un aperçu de leur performance en visionnant leur chaîne Youtube « Do it yourself être comédienne », où elles racontent avec humour leurs aventures pour atteindre leur but : monter sur les planches.

A voir au Théâtre des Brunes (Avignon) jusqu’au 30 juillet 2017, 11h45.

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« Le Sujet des sujets » : 20 ans de « Sujets à vif » en 45 minutes
SUJET DES SUJETS - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION - Conception et interprétation : Frédéric FERRER - Dispositif scénique : Samuel SERANDOUR - Images : Claire GRAS - Avec : Frédéric FERRER - Mélissa VON VEPY - Dans le cadre du 71ème Festival d'Avignon - Lieu : Cour de la Vierge du Lycée Saint Joseph - Ville : Avignon - Le 07 07 2017 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

« Le Sujet des sujets » : 20 ans de « Sujets à vif » en 45 minutes

Depuis vingt ans les Sujets à vif sont des rendez-vous immanquables du Festival d’Avignon. Deux artistes se rencontrent pour produire une courte forme. A l’occasion de cet anniversaire, Frédéric Ferrer leur rend hommage dans Le Sujet des sujets.

Il entreprend de relater dans une course contre la montre impossible (45min, pas plus pas moins) vingt ans de Sujets à Vif. Autant dire qu’il va devoir faire des choix. Comme il ne peut pas parler des 350 artistes qui ont jalonné l’histoire des Sujets à Vif, Frédéric Ferrer va s’interroger avec humour sur des constantes de l’événement comme le lieu, le Jardin de la Vierge du lycée Saint Joseph. Il nous livre une conférence type TedX, pendant laquelle il agrémente son exposé d’images au ressort comique efficace. Les interventions de Jean-Philippe, régisseur du lieu, ou de Claire, qui tourne des images avec une caméra embarquée, nous font découvrir les secrets de ce fameux jardin. L’ensemble est rythmé et souvent drôle, on ne verrait pas le temps passé sans le chronomètre installé au-dessus du plateau..

(c) Lucile Joyeux

(c) Lucile Joyeux

Soudain, une fenêtre s’ouvre et on découvre un nouveau personnage qui n’est autre que l’invité du jour, Phia Ménard. Tout comme en 2010 lors de sa performance avec Anne-James Chaton, elle incarne un mystique inquiétant au visage caché qui se met à jeter frénétiquement des matelas pneumatiques par les fenêtres pendant que Frédéric Ferrer tente de finir son exposé.

Ce dernier finit par la rejoindre pour la scène finale de ce Sujet des Sujets. Une scène spectaculaire qui tranche avec l’exposé auquel on vient d’assister. On a d’ailleurs peine à saisir l’intérêt et le sens de cette dernière partie, très esthétique au demeurant. On quitte la salle en ayant passé un bon moment avec l’envie de découvrir un prochain « Sujet à vif » au Festival d’Avignon.

A voir au Festival d’Avignon jusqu’au 25 juillet 2017

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Le Sujet des sujets » : 20 ans de « Sujets à vif » en 45 minutes
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« Sopro » de Tiago Rodrigues : le théâtre ne tient qu’à un souffle
SOPRO (Souffle) - 71e FESTIVAL D'AVIGNON Texte et mise en scène : Tiago RODRIGUES - Scénographie et lumière : Thomas WALGRAVE - Son : Pedro COSTA - Costumes : Aldina JESUS - Assistanat à la mise en scène : Catarina RÔLO SALGUEIRO - Avec : Isabel ABREU - Beatriz BRÁS - Sofia DIAS - Vitor RORIZ - João Pedro VAZ - Cristina VIDAL - Dans le cadre du 71e festival d'Avignon Lieu : Cloître des Carmes - Ville : Avignon - Le 05 07 2017 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

« Sopro » de Tiago Rodrigues : le théâtre ne tient qu’à un souffle

Le vent gonfle les rideaux qui entourent le plateau du Cloître des Carmes et un personnage fait son entrée ; il ressemble à un technicien, vêtu de noir, d’un casque, de dossiers, qui vérifie le plateau avant le début de la représentation. C’est en fait la souffleuse qui est pour la première fois sous les projecteurs, elle qui a passé sa vie à observer la scène par le « trou du souffleur ». Sopro, le souffle.

Durant tout le spectacle, elle dirige la représentation en soufflant les répliques à chaque comédien, dont deux comédiennes qui racontent et jouent son histoire. Tiago Rodrigues nous donne en effet à voir le processus de création de la pièce, il fait jouer son propre rôle par un comédien, le directeur de théâtre, qui décide de proposer à la souffleuse de devenir le personnage principal de son futur spectacle. Il lui propose de jouer son rôle dans un théâtre en ruines, un théâtre qui a cessé d’exister mais qui est ramené à la vie par les souvenirs des trente-neuf ans de métier de la souffleuse. Elle a des doutes, mais finit par accepter le projet. La pièce peut commencer.

Elle souffle ses propres souvenirs aux comédiens qui incarneront son histoire.

Les anecdotes sont souvent drôles et émouvantes et rendent compte de l’importance de son rôle dans le théâtre. En effet, elle est souffleuse mais aussi secrétaire, assistante et même confidente des membres de la troupe. Elle est invisible pour le public mais les comédiens ont besoin d’elle ainsi que sa directrice. Cette dernière lui dit d’ailleurs une phrase qui résume parfaitement son rôle dans le théâtre : « Votre discrétion doit être à la hauteur de l’indiscrétion des acteurs ». La souffleuse entend tout, elle voit tout, c’est la mémoire du théâtre mais elle se doit de ne pas révéler ses secrets.

Sopro est un hommage aux métiers du théâtre, ceux que le public ne voit pas mais qui sont nécessaires pour créer un spectacle comme celui de menuisier ou encore de régisseur.

Tiago Rodrigues partage avec nous son amour pour le théâtre et nous parle de l’importance de préserver ces lieux de création et les métiers qui l’accompagnent. Même un théâtre en ruines peut continuer à vivre tant que le souffleur sera là pour insuffler l’air nécessaire à la parole des comédiens.

A voir jusqu’au 16 juillet au Festival d’Avignon.

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Antigone et ses fantômes règnent sur la Cour d’Honneur du Palais des Papes
ANTIGONE - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION - Texte : SOPHOCLE - Traduction : Shigetake YAGINUMA - Mise en scène : Satoshi MIYAGI - Musique : Hiroko TANAKAWA - Scénographie : Junpei KIZ - Lumière : Koji OSAKO - Costumes : Kayo TAKAHASHI - Coiffure et maquillage : Kyoko KAJITA - Assistanat à la mise en scène : Masaki NAKANO - Avec : Asuka FUSE - Ayako TERAUCHI - Daisuke WAKANA - Fuyuko MORIYAMA - Haruka MIYAGISHIMA - Kazunori ABE - Keita MISHIMA - Kenji NAGAI - Kouichi OHTAKA - Maki HONDA - Mariko SUZUKI - MICARI - Miyuki YAMAMOTO - Moemi ISHII - Momoyo TATENO - Morimasa TAKEISHI - Naomi AKAMATSU - Ryo YOSHIMI - Soichiro YOSHIUE - Takahiko WATANABE - Tsuyoshi KIJIMA - Yoji IZUMI - Yoneji OUCHI - Yu SAKURAUCHI - Yudai MAKIYAMA - Yukio KATO - Yuumi SAKAKIBARA - Yuya DAIDOMUMON - Yuzu SATO - Dans le cadre du 71ème Festival d'Avignon - Lieu : Cour d'Honneur du Palais des Papes - Ville : Avignon - Le 04 07 2017 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Antigone et ses fantômes règnent sur la Cour d’Honneur du Palais des Papes

Monter Antigone de Sophocle dans la mythique Cour d’Honneur du Palais des Papes est une gageure que le metteur en scène japonais Satoshi Miyagi a magnifiquement relevée. Il a su utiliser les codes et les références du théâtre asiatique pour faire résonner la puissance et la beauté de la tragédie grecque.

Le plateau de la Cour d’Honneur est recouvert d’une eau peu profonde symbolisant l’Achéron, sur laquelle les comédiens de blanc vêtus semblent marcher comme des fantômes libérés des lois de la pesanteur. Comme si la tragédie avait déjà eu lieu et que les personnages morts continuaient à déambuler sur le plateau. La scénographie s’adapte parfaitement aux proportions de la Cour d’Honneur et nous plonge instantanément dans une atmosphère apaisante entre lenteur et silence.

Puis entrent en scène les musiciens qui résument avec humour l’histoire d’Antigone en quelques minutes, comme cela est pratiqué au Japon. La pièce peut ensuite commencer. Comme dans le théâtre nô, les personnages sont interprétés par la pantomime d’un comédien dans la lumière, doublé par la voix d’un autre, dans l’ombre. Déroutant au prime abord, le procédé révèle très vite toute sa puissance, notamment lorsque les paroles sont amplifiées par le chœur, où lors du monologue d’Antigone. En fond de scène, les musiciens font retentir les percussions donnant un rythme qui contraste parfois avec les déplacements lents des personnages. Les ombres projetées sur le mur du palais viennent prolonger les corps et les mouvements chorégraphiques lors des Stasimons (sorte d’intermèdes durant lesquels le chœur commente l’action) participent à l’harmonie de l’ensemble.

Pendant ce spectacle, hors du temps, nous avons contemplé la scène, les costumes, les visages des comédiens sans même avoir le besoin de lire assidûment les sous-titres d’une histoire que l’on connaît par cœur. Satoshi Miyagi réussit le tour de force de nous faire redécouvrir la tragédie d’Antigone à travers un spectacle esthétique qui mêle avec succès les influences grecques et japonaises, et redonne à la Cour d’Honneur du Palais des Papes une dimension sacrée.

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsAntigone et ses fantômes règnent sur la Cour d’Honneur du Palais des Papes
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