Radio Mortimer #1 – « Mon Cœur » de Pauline Bureau

Radio Mortimer #1 – « Mon Cœur » de Pauline Bureau

Radio Mortimer #1 – « Mon Cœur » de Pauline Bureau

Pour la première émission de Radio Mortimer, nous avons chroniqué la pièce Mon Cœur qui s’est jouée au théâtre des Bouffes du Nord du 16 mars au 1er avril 2017.

Vous pouvez réécouter notre échange avec Véro Beno du site web Théâtr’elle en cliquant sur le logo Radio Mortimer :

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Lucile Joyeux et Maxime PauwelsRadio Mortimer #1 – « Mon Cœur » de Pauline Bureau
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Mercredi 3 mai : soirée spéciale au théâtre de l’Athénée avec « Ismène » suivi du débat présidentiel
Crédit : Michel Boermans

Mercredi 3 mai : soirée spéciale au théâtre de l’Athénée avec « Ismène » suivi du débat présidentiel

Le mercredi 3 mai, nous ne choisirons pas entre théâtre et actualité politique, nous ferons les deux en passant la soirée au théâtre de l’Athénée.

Nous commencerons la soirée à 19h30 avec la pièce Ismène, le premier opus de la trilogie des éléments écrit par Yannis Ritsos et conçu et mis en scène par Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli. Ce premier spectacle traite de la figure méconnue de la sœur d’Antigone qui refuse la tragédie pour les simples plaisirs de la vie.

La soirée se poursuivra avec le débat présidentiel qui sera diffusé au foyer-bar du théâtre.

La pièce se jouera du 3 au 6 mai au théâtre de l’Athénée. 

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsMercredi 3 mai : soirée spéciale au théâtre de l’Athénée avec « Ismène » suivi du débat présidentiel
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Festival Ecarts : les étudiants à l’honneur au théâtre de la Cité Internationale
Crédit : Denis ASSALIT

Festival Ecarts : les étudiants à l’honneur au théâtre de la Cité Internationale

Le Festival Écarts (voir notre présentation) s’est tenu du 30 mars au 1er avril 2017 au Théâtre de la Cité Internationale. Les Espaces Libres se sont vu confier la délicate mission de participer au jury blogueur, mission partagée avec Théâtre Côté Cœur.

Difficile de départager les cinq compagnies qui se sont succédé durant ces trois jours de festival. Les spectacles, scrupuleusement choisis par les organisateurs, Lucas Bouissou et Bertrand Brie, avaient tous leur singularité : entre jeu de clowns et texte ardu, écritures de plateau et expérience sensorielle, les compagnies nous ont présenté différentes formes théâtrales.

Retour sur notre expérience de jury …

Des idées et de l’audace

  • Dans Leurs Vies, la compagnie Homère & Pogona a composé un spectacle entre textes classiques et dialogues de clowns. Nous avons été touchés par leur générosité, même si le spectacle n’était pas tout à fait abouti tant au niveau de l’écriture et du jeu pour nous convaincre complètement, mais la proposition est originale !
  • « Les beaux jours d’Aranjuez » de Peter Handke, mis en scène par Gabriel Pierson, nous a divisés :

Maxime : « J’ai trouvé ce spectacle poétique grâce aux interprètes qui ont réussi à faire résonner ce texte avec justesse et conviction dans une mise en scène épurée »

Lucile : « Je suis restée en dehors, en raison du texte qui ne me parle pas, et malgré une interprétation simple et juste ».

Si le spectacle n’a pas eu la même résonance en nous, nous saluons tous deux le jeu des comédiens, en particulier celui de Garance Robert de Massy, jeune actrice  à suivre.

  • La compagnie la Faim du Soir Tard nous a présenté Mues, un spectacle déjanté, dans lequel l’écriture de plateau, quoique parfois un peu faible, parvenait à montrer un univers artistique prometteur.  Lucile a particulièrement apprécié le spectacle pour ce côté fou-fou, tandis que Maxime est resté sur la réserve. Nous suivrons les prochaines créations de cette compagnie.
  • Dans un tout autre style, la Compagnie le Quintuplex donnait à voir la vie en entreprise et ses travers avec Hyperglycémie. Nous avons trouvé cette fable sociale assez réaliste, elle parvient à dénoncer, parfois sur un ton humoristique, le mal être en entreprise, l’infantilisation et la manipulation du personnel pour toujours être plus rentable.

Si aucune compagnie n’a démérité, nous avons été particulièrement touchés par le spectacle qui a clos le Festival avec une forme hétéroclite :

  • Qu’est-ce là qui monte du désert ?, proposition de la Compagnie Le Mot Nu Ment, a remporté le prix des jurys blogueur et étudiant, et a aussi été distinguée par le jury professionnel.

Se présentant sur le papier comme une expérience olfactive, le spectacle ne se contente pourtant pas d’explorer le sens de l’odorat, mais nous propose finalement un voyage sensoriel qui tient presque de la synesthésie. Ainsi le travail sur la lumière et les couleurs est particulièrement réussi tandis que les passages chorégraphiés et chantés viennent donner du corps au propos et aux textes de Baudelaire, Ginsberg, Le Cantique des cantiques etc.

On retient la prestation de Thibaut Madani qui est particulièrement touchant au milieu de ses partenaires féminines. Au sortir du spectacle, on ne saurait expliquer exactement pourquoi on a été emportés, mais la forme singulière, sans être tout à fait originale, nous a indubitablement conduits vers un ailleurs, et on garde un souvenir très précis des tableaux. Est-ce l’odeur du café ou les couleurs de la scène finale qui nous ont fait penser à Pour que le ciel ne tombe pas de Lia Rodrigues. On leur souhaite de poursuivre leur aventure et de se produire, beaucoup. Compagnie à suivre, donc….

Les Espaces libres sont ravis d’avoir partagé cette expérience dans la bonne humeur et la simplicité ! Merci aux équipes du Théâtre et du Festival pour leur accueil, aux organisateurs Lucas Bouissou et Bertrand Brie pour leur confiance, à Christine du Théâtre Côté Cœur d’avoir supporté nos débats endiablés, et aux membres des jurys étudiant et professionnel pour les échanges fructueux. Enfin, bien sûr, merci à toutes les compagnies de nous avoir fait partager leur passion du théâtre et de nous avoir fait vivre ces beaux moments !

On se donne rendez-vous l’année prochaine !

Crédit photo : Denis ASSALIT

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsFestival Ecarts : les étudiants à l’honneur au théâtre de la Cité Internationale
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« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator
Crédit : Pierre Grosbois

« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator

Tout le monde a déjà entendu parler du Mediator, un coupe-faim prescrit en masse qui a tué plus de 500 personnes en France. Pauline Bureau a décidé de faire de ce scandale sanitaire une pièce de théâtre en nous racontant deux combats : celui que mène Irène Frachon pour faire éclater la vérité au grand jour, et celui de Claire Tabard, une malade qui symbolise toutes les autres, et qui s’acharne à vivre et à faire reconnaître son statut de victime.

La première partie nous raconte la déchéance physique de Claire, jeune femme pleine de vie qui se retrouve du jour au lendemain atteinte d’une maladie cardio-vasculaire. En entrant précisément dans son quotidien de mère et de femme, on est préparés à s’indigner de ce qu’elle devra subir devant la commission d’experts qu’on découvrira dans la deuxième partie de la pièce. Ainsi on comprend mieux pourquoi on nous inflige l’opération à cœur ouvert, ou encore les longs moments où l’on suffoque avec Claire lors de ses tests d’efforts : c’était nécessaire pour comprendre, bien comprendre ce qu’ont pu endurer les victimes et ce qu’elles continuent à endurer pour faire reconnaître leur statut. L’actrice Marie Nicolle incarne avec subtilité un personnage qui va passer de l’incompréhension et du désarroi à la colère, lorsqu’elle apprendra la véritable raison de son état. Une colère qui va lui donner la force d’affronter la machine judiciaire et d’être reconnue comme victime.

Dans ce combat Claire n’est pas seule, elle va croiser sur son chemin Hugo, un avocat incarné par Nicolas Chupin, qui va la guider et la soutenir dans les affres de la justice. Une relation de confiance se noue entre Claire et Hugo ponctuée de moments de découragement mais aussi d’humour, qui permettent au public de respirer. Claire a également une autre alliée, Irène Frachon, qui va la soutenir moralement et lui faire comprendre que le Mediator est bien la cause de ses maux.

Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, est la femme par qui le scandale a été révélé. Elle se bat aujourd’hui encore pour faire reconnaître le droit des victimes. Catherine Vinatier nous montre à la fois toute la fragilité et la force de cette femme. La scénographie accentue la solitude de son combat, plaçant Irène face à un groupe d’experts désincarnés et dont les voix jaillissent dont ne sait où.  Le choix des couleurs et la vidéo, utilisée habilement, font ressortir toute la cruauté du système, la fragilité mais aussi la force des personnages.

Mon cœur est une pièce qui nous émeut et qui nous touche de plein fouet – quelques personnes n’ont d’ailleurs pu supporter le propos et ont quitté la salle – mais qui nous séduits aussi par sa forme. Il s’agit donc d’une pièce qui laisse des traces, une sorte de témoignage esthétique d’une lutte qui se poursuit encore aujourd’hui.

A voir jusqu’au 1er avril au théâtre des Bouffes du Nord

Lucile Joyeux et Maxime Pauwels« Mon cœur » libère la parole des victimes du Mediator
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Festival Ecarts du 30 mars au 1er avril

Festival Ecarts du 30 mars au 1er avril

Les Espaces Libres auront le plaisir de faire partie du jury blogueurs du Festival Ecarts, connu jusqu’à présent sous le nom de « Rideau Rouge ». Il s’agit d’un festival qui donne un coup de pouce aux compagnies étudiantes en leur permettant d’être programmées dans un théâtre de renom. Les cinq compagnies sélectionnées cette année seront accueillies au Théâtre de la Cité Internationale.

La programmation :

  • Compagnie Homère & Pogona – Leurs vies, jeudi 30 mars à 20h30.

Deux clowns et deux comédiens se répondent, les uns à travers les mots d’auteurs classiques les autres improvisent et les quatre nous parlent de la vie et de ses mystères.

  • Gabriel Pierson – Les Beaux Jours d’Aranjuez, un texte de Peter Handke vendredi 31 mars à 19h.

Un plateau avec juste une table, l’homme, la femme et une pomme, probablement un tableau, image de peinture qui nous hante et que déforment autant qu’actualisent les récits des deux personnages.

  • Compagnie la Faim du Soir Tard – Mues – vendredi 31 mars à 21h.

Un espace pour le non-sens. Un espace pour des personnages qui auraient raté́ leur casting dans une histoire raisonnable. Un espace pour l’ « à-côté » à découvrir.

  • Compagnie le Quintuplex – Hyperglycémie – samedi 1er avril à 18h.

La relaxation, la chorale, le team-bulding, la danse improvisée font leur entrée dans l’entreprise, bouleversant la vie de ses employé-e-s.

  • Compagnie le Mot Nu Ment – Qu’est-ce là qui monte du désert?  

De l’odeur du doudou à celle de l’être aimé, l’odorat est peut-être le plus intime des 5 cinq sens.

Pour réserver et découvrir ces jeunes compagnies, c’est par ici : https://t.co/PaQvIHFDQ3

Rendez-vous jeudi 30 mars pour un premier retour à chaud des Espaces Libres.

Maxime & Lucile

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsFestival Ecarts du 30 mars au 1er avril
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Fau(x) semblants au Névrotik-Hôtel
Crédits : Lucile Joyeux

Fau(x) semblants au Névrotik-Hôtel

Fau sans blanc manteau, Fau s’en blanchit les narines… enfin… pas Fau mais Lady Margarine, dans ce décor névrose bonbon qui pique un peu.

Oui, on vous le concède, on ne s’est pas encore remis de notre réveillon du Nouvel An, et c’est avec Michel Fau que nous avons choisi de reprendre du service ! Nos jeux de mots sont cependant moins réussis que ceux de Christian Siméon, qui signe les dialogues du spectacle.

Celui-ci avait en effet drôlement commencé, avec l’entrée en scène de Michel Fau travesti en Lady Margareth, qui nous a bien fait marrer avant de (dé)chanter. Son personnage de dame bourgeoise qui a le verbe haut et ne mâche pas ses mots ne manque pas de mordant.

Rapidement nous allons faire la connaissance de son boy, alias Antoine, Akul ou le groom, qui vient compléter le duo de joyeux lurons : une grande blonde costaude avec un petit trapu brun, ça fait toujours son effet. On pense forcément, tenue oblige, à Zéro Moustafa du Grand Budapest Hôtel, bien qu’Antoine Kahan soit plus séduisant.

Crédits : Lucile Joyeux

Crédits : Lucile Joyeux

Les jeux de mots fusent, les chants tonnent sous les airs d’accordéon, les passages des romans de Duras scellent l’ensemble, la salle rit à gorge déployée. Malheureusement, nous nous lassons du spectacle à mi-parcours, car la magie entre les deux personnages n’opère plus. Les chansons s’enchaînent et nous on regarde le temps passer. Notre regard s’arrête parfois sur le magnifique costume rose bonbon du groom ou encore sur le décor tout droit sorti d’Alice au pays des Merveilles. Notre oreille, quant à elle, se tend vers un bon mot particulièrement bien senti ou se laisse emporter par le trio de musiciens qui avec piano, accordéon et violoncelle donne le La de cette comédie chantée.

Malgré cela, nous avons eu des difficultés à rester concentrés et espérions dans le silence de nos fauteuils une fin rapide. Pourtant nous avions envie de rire comme le faisait la salle, de nous laisser porter, mais il y a parfois des rendez-vous manqués, il faut l’accepter. Nous reviendrons voir Michel, pour tenter un autre voyage dans les méandres des faux semblants.

Jusqu’au 8 janvier au théâtre des Bouffes du Nord. 

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Lia Rodrigues implore le ciel au 104
Crédit photo : Sammi Landweer

Lia Rodrigues implore le ciel au 104

Para que o céu nao caia [Pour que le ciel ne tombe pas], la nouvelle création de la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues présentée au 104 pour le Festival d’Automne, nous plonge dans un univers tribal où les corps deviennent les porte-voix de populations délaissées.

Lorsqu’on entre dans la salle du 104, rien sur le plateau, ni décor ni accessoires, seulement une puissante odeur de café qui éveille notre curiosité et nos sens. Notre serviette à la main (parce qu’on nous distribue énigmatiquement ce bout de chiffon), on se demande sur lequel des quatre côtés s’asseoir, mais on sait que ce sera à même le sol. Cependant, lorsque les danseurs font leur apparition, c’est pour mieux nous demander de nous déplacer, brisant ainsi le cercle que nous avions naturellement formé. Tout au long du spectacle nous serons ainsi guidés par les sept performeurs, happés, repoussés, frôlés, regardés longuement même. De quoi mettre mal à l’aise parfois, avant de nous emporter de nouveau.

Les performeurs s’enduisent tout d’abord de café, puis d’autres substances de différentes couleurs, qui les métamorphosent en personnages fantasmagoriques, repoussants ou intrigants, c’est selon. Ainsi grimés, ils traversent la marée composée des spectateurs agglomérés au sol, et viennent nous observer de très près. Les danseurs s’approchent de très près, nous scrutent, nous touchent même, puis repartent. L’effet produit sur les spectateurs est très varié. Certains n’osent pas regarder le personnage qui leur fait face et détournent la tête, d’autres laissent échapper de petits rires nerveux, et d’autres encore les fixent avec le plus grand sérieux. Cette expérience n’atteint pas de la même manière :

Maxime : J’ai perçu une véritable frontière entre le danseur et moi, comme si on ne pouvait pas se comprendre parce qu’on ne partageait pas le même langage.
Lucile : J’ai au contraire eu l’impression d’entrer en communion avec le danseur grâce à notre échange de regard, comme si la frontière performeur/spectateur n’existait plus. C’était à la fois agréable et déroutant. 

L’expérience était en tout cas troublante pour nous deux, comme pour les autres spectateurs.

©LJoyeux

La seconde partie du spectacle est « dansée » au sens traditionnel du terme. Les danseurs investissent le plateau entier, reformant le dispositif quadri-frontal. La chorégraphie évoque un rituel. Une grande violence à la limite de la rage se dégage de leurs mouvements. Il faut dire que Lia Rodrigues s’est inspirée de l’histoire tragique de la tribu indienne Yanomani, ainsi que de celle des habitants de la favela de Maré au Nord de Rio, qu’elle a rencontrés. Elle met en mouvement ses danseurs et nous confronte directement à la réalité de ces populations. Leurs gestes mais aussi leurs cris expriment une souffrance profonde. Lorsqu’ils se tiennent par les épaules, c’est pour mieux faire front et rester unis face au monde extérieur que le public représente. Ils semblent vouloir extérioriser leur rage et leur détresse, qu’ils nous communiquent tout autant que leur espoir.

Quand la lumière se rallume les danseurs ont quitté le plateau, il ne reste que la poudre au sol et les traces de pas pour nous prouver que tout cela était bien réel.

 

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsLia Rodrigues implore le ciel au 104
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Une « Traviata » réinventée au théâtre des Bouffes du Nord
Photo : pascalvictor_artcomart

Une « Traviata » réinventée au théâtre des Bouffes du Nord

Judith Chemla revient au théâtre des Bouffes du Nord pour incarner Violetta dans une mise en scène de Benjamin Lazar, qui s’inspire à la fois de La Traviata de Giuseppe Verdi mais aussi du roman et de la pièce de théâtre d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux Camélias. Un spectacle qui mêle chant lyrique et théâtre, et qui abolit la frontière entre musiciens et comédiens.

C’est dans une atmosphère brumeuse que le public prend place devant un plateau recouvert d’un voile blanc qui donne immédiatement le ton : la scénographie met en valeur le lieu tout en créant un espace différent. La scène révèle une esthétique à la fois onirique, raffinée, et ancrée dans le réel. Les éléments de décor ont différentes fonctions au fil du spectacle, à l’instar de ce voile qui sert d’aire de jeu aux comédiens, ou à délimiter l’espace puis à symboliser le jour qui se lève.

C’est au cours d’une fête très branchée que la courtisane Violetta fait son apparition au milieu de ses amis, dans une robe de soirée verte tranchant avec le rouge du fond de scène, et assez vaporeuse pour laisser entrevoir ses courbes. Malgré les rires et la joie de vivre apparente, sa pâleur et ses cernes laissent déjà présager l’issue finale. Judith Chemla, qui a également participé à la conception du spectacle, incarne ce personnage tout en subtilité ; sa joie teintée de mélancolie laisse progressivement place à un désespoir qu’elle porte littéralement dans son corps et sur son visage. Elle EST Violetta. En face, Damien Bigourdan joue un Alfredo profond et sensible. Le duo fonctionne sur scène, la voix puissante de l’amoureux s’harmonise avec celle, pure et fragile, de Violetta. Le public croit en ce couple et en leur passion dévorante, on est touchés par leur histoire.

Quant aux musiciens, ils sont aussi les comédiens de ce drame, et évoluent sur le plateau sans distinction avec les autres interprètes. Ils ont tous un rôle dans la pièce et vivent à l’unisson les tourments de Violetta et d’Alfredo. Ils jouent leur musique sans partition ni chef d’orchestre, tout en se déplaçant sur scène, une véritable performance ! La violoniste Marie Salvat est particulièrement remarquable et on la sent vivre dans sa chaire les malheurs des deux amants, qu’elle retranscrit aussi grâce à son instrument.

Florent Hubert et Paul Escobar, à la direction musicale, ont su trouver l’équilibre entre le livret original, la réécriture et les ajouts, créant ainsi un nouvel opéra ne dénaturant pourtant pas l’original. La partition, écrite pour un orchestre, est ici interprétée par seulement huit instruments, dont un accordéon, choix audacieux. Les « tubes » de La Traviata, tels que « Brindisi » ou le chœur des bohémiennes sont ainsi déformés, malmenés par les arrangements, pour leur donner une couleur plus sombre ou plus triviale.

Le caractère hybride du spectacle, qui avec un naturel remarquable mêle chant lyrique et passages parlés, histoire de Violetta et interludes humoristiques, tient en haleine le spectateur. Ce dernier passe d’une émotion à une autre. On pleure avec Violetta lorsqu’elle doit renoncer à son amour pour Alfredo sous la pression du père, et on rit lors des interludes humoristiques au cours desquels le médecin relate par exemple quelques anecdotes relatives à sa profession.

La tragédie vécue par les deux amants n’a jamais paru aussi intense et vraie que dans cette adaptation intelligente. Benjamin Lazar, Florent Hubert et Paul Escobar nous font redécouvrir l’opéra de Verdi en allant au-delà de la partition et du livret, et réussissent à le rendre profondément actuel : on ne pouvait rêver plus bel hommage.

Jusqu’au 15 octobre au théâtre des Bouffes du Nord

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Visite au 81, avenue Victor Hugo
Photo : Willy Vainqueur

Visite au 81, avenue Victor Hugo

Au 81, avenue Victor Hugo, on vit, on rit, on pleure sans doute aussi en attendant ses papiers. Ce sera le leitmotiv du spectacle, « les papiers », parce que sans eux, on a beau travailler, parfois même dans l’administration française, on n’existe pas.

Marie-José Malis a instauré les « Pièces d’actualité » en 2014, pour sa première saison en tant que directrice du Théâtre de la Commune, à Aubervilliers. Elle invite ainsi des artistes tels que Maguy Marin ou encore Rodrigo Garcia à créer à partir de la population albertivillarienne. Pour le troisième opus, c’est Olivier Coulon-Jablonka qui a relevé le défi. Alors qu’il arpentait la ville depuis quelques semaines, un article de Mediapart porta à sa connaissance un collectif de sans-papiers installé dans l’ancienne agence Pôle Emploi désaffectée. Habitué à travailler avec du matériau documentaire contemporain, le metteur en scène et ses deux collaborateurs artistiques, Barbara Métais-Chastanier et Camille Plagnet, ont mené des entretiens avec ses hommes venus pour la plupart de Côte d’Ivoire et du Bangladesh : ce sera la matière du spectacle. L’idée de faire jouer leur histoire par des comédiens est vite écartée. Difficile cependant de réunir pour les répétitions les sans-papiers qui travaillent tous, parfois loin, très loin d’Aubervilliers. Difficile aussi de leur assurer que leur future exposition médiatique ne les mettra pas en danger. Ils ont cependant accepté de partager leurs témoignages sur scène et de surmonter leur peur afin de faire connaître la situation du collectif. Un an plus tard, on les retrouve au Théâtre des Abbesses dans le cadre du Festival d’Automne.

Lorsque les huit interprètes entrent en scène, on lit sur leur visage des états ou sentiments divers tels que fatigue, tristesse ou joie. Habillés pour certains en tenue de travail (plusieurs sont agents de sécurité), les comédiens amateurs apportent sur scène leur histoire personnelle mais aussi, semble-t-il, leur état d’esprit du moment. On se demande parfois s’ils jouent véritablement un rôle ou s’ils sont tout simplement eux-mêmes.

Le spectacle est construit sous forme de récit choral, où l’épopée de chacun des personnages est imbriquée dans celle des autres : on traverse avec eux la Russie, le désert de Lybie, la Méditerranée, l’Italie et la Grèce… entre autres…. Des histoires rocambolesques qu’on n’aurait pas pu inventer. L’actualité est ainsi directement incarnée sur le plateau.

Le spectacle est, comme on s’y attend avec un tel sujet, touchant. Touchant, mais pas pathétique : on ressent l’âpreté de leurs parcours mais aussi l’espoir qui continue de les animer.  Les hommes sont en effet montrés dans toute leur humanité, avec leur courage, leur naïveté aussi parfois, leur ras-le-bol et leurs désillusions, mais aussi avec leur humour et leur joie de vivre. Les chansons qu’ils fredonnent sont tour à tour émouvantes ou drôles, à l’image de la comptine « Alouette » qui résume à elle seule l’ambivalence et l’absurdité de leur situation, qui est de vivre dans un pays où ils paient des impôts mais sans existence légale.

On perçoit aussi dans ce spectacle une volonté didactique, une volonté de faire savoir le parcours du combattant auquel se livrent ces hommes et ces femmes. Ils racontent, mais ils expliquent aussi, comme pour convaincre : « comme on vous le disait dans le préambule », « ah vous ne saviez pas ça ». Cela aurait pu être culpabilisant, mais là encore O. Coulon-Jablonka évite cet écueil. On se dit toutefois lorsqu’on entend chanter « ouvrez les frontières » et « solidarité, avec les sans-papiers », qu’il est bien beau de crier ces slogans lors des manifestations, mais qu’il faudrait peut-être faire davantage.

C’est donc touchés par cette rencontre que l’on quitte le théâtre, heureux d’apprendre qu’une soixantaine de sans-papiers du 81, avenue Victor Hugo a obtenu le précieux sésame suite au spectacle. On prend alors conscience du pouvoir d’un théâtre engagé, un théâtre qui met en lumière ceux qui n’ont d’habitude pas la parole, et qui permet de mieux appréhender certains aspects de la société contemporaine.

Jusqu’au 17 septembre au théâtre des Abbesses puis à l’Apostrophe le 18 et le 19 octobre, au théâtre de Sartrouville le 8 et le 9 novembre et enfin au théâtre Brétigny le 15 novembre.

Lucile Joyeux et Maxime PauwelsVisite au 81, avenue Victor Hugo
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